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Talk ‘22 : « Il est essentiel de maintenir le cap »

Talk ‘22 : « Il est essentiel de maintenir le cap »

17-12-2021 | Interview

La pandémie de Covid-19 nous a montré qu'il est important de poursuivre notre approche, déclare Wilma de Groot, co-responsable de la gestion de portefeuille Actions quantitatives. Dans notre série d'interviews sur les perspectives 2022, les experts de Robeco répondent à cinq questions clés sur leurs domaines d'investissement respectifs.

Quel sera l'enjeu le plus important en 2022 ?

« Vous ne serez pas surpris d'apprendre que je suis très optimiste concernant l'investissement quantitatif. Nos stratégies ont traversé un hiver rigoureux qui s'est étalé de 2018 à 20201. Cette période s'est caractérisée par une forte performance des titres « Growth » de grande capitalisation, alors que nos stratégies quantitatives privilégient les titres « Value ». Naturellement, ces grandes capitalisations peuvent continuer à bien se comporter pendant un certain temps encore. Mais cette situation me rappelle le début des années 2000, une période synonyme de bulle technologique. À la fin des années 1990, les titres « Growth » liés à la technologie ont connu une forte hausse, comme aujourd'hui, provoquant ainsi une sous-performance des stratégies axées sur les actions quantitatives. Mais, au début des années 2000, ils ont perdu tous les gains acquis. Cette période a été suivie d'une phase plus « normale » de performance des actions quantitatives.

Un article de recherche publié récemment par Robeco met en évidence la variation cyclique des performances des facteurs actions2. Pendant la phase normale du cycle, les facteurs actions offrent généralement des performances supérieures à leurs primes moyennes à long terme. Mais de temps à autre, c'est-à-dire une fois tous les dix ans environ, cette phase est interrompue soit par une envolée de la croissance, soit par un effondrement des cours, qui s'accompagne généralement d'une sous-performance des facteurs actions. Puis, les tendances s'inversent et nous revenons ensuite à la phase calme et normale de performance des facteurs actions. Ce scénario s'est répété plusieurs fois dans le passé. Les valeurs les plus recherchées, dites « Blue Chips », ont connu une forte hausse pendant l'ère des « Nifty Fifty » au début des années 1970, les secteurs de l'énergie et des matériaux se sont envolés à la fin des années 1970 en raison du renchérissement des matières premières et, bien sûr, nous nous souvenons tous de la bulle technologique à la fin des années 1990. Ces épisodes ont tous un point commun : ils ont été suivis d'une inversion de la tendance, puis d'une phase plus normale de performance des facteurs actions.

Nous avons donc l'impression que la hausse actuelle des grandes capitalisations boursières, tirée par les « Big Tech », pourrait être promise à un retournement futur. Cette hypothèse est, selon nous, confirmée par les valorisations des facteurs qui semblent être très bon marché, tandis que le sentiment s'est également amélioré, en particulier pour le facteur valorisation3. Nous assistons d'ores et déjà à un retournement de tendance dans les marchés émergents. En effet, nos stratégies d'actions quantitatives axées sur les marchés émergents ont généralement renoué avec une meilleure performance cette année. C'est intéressant, car de nombreux investisseurs ont toujours le sentiment que les stratégies d'actions quantitatives traversent encore une période difficile. Mais la situation a déjà changé dans les pays émergents. J'ai également l'impression que les stratégies quantitatives attirent de nouveau les investisseurs, car nous constatons un regain d'intérêt pour nos solutions. Donc, l'enjeu le plus important en 2022 sera sans aucun doute l'investissement quantitatif. »

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Quel changement majeur avez-vous constaté depuis le début de la crise sanitaire, qui ait un impact durable, également en 2022 ?

« Du point de vue de l'investissement quantitatif, nous ne pensons pas que l'impact de la crise sanitaire sur le marché sera permanent. Bien sûr, lors du krach de mars 2020, nous avons constaté une augmentation de la volatilité et des volumes de transactions, ainsi qu'une rotation de portefeuille légèrement supérieure. Mais nous avons déjà observé des situations de ce type dans le passé, comme les exemples que j'ai mentionnés précédemment. La bonne nouvelle, c'est que ces périodes ont toujours été suivies d'une phase plus « normale » de performance des actions quantitatives. Quand on traverse une période comme celle de la bulle technologique, pour reprendre cet exemple, on croit souvent que les choses sont différentes et qu'une nouvelle économie est arrivée. C'est ce qui a conduit certains dans le passé à faire de fausses proclamations, comme la fin de l'investissement de style « Value ». Avec le recul, nous savons que le facteur valorisation s'est bel et bien remis de la bulle technologique et qu'il a été l'un des facteurs les plus performants au cours de la période suivante, y compris dans le secteur des technologies de l'information.

La principale leçon que nous, investisseurs quantitatifs, en tirons est donc qu'il est important de poursuivre notre approche. De cette façon, nous pouvons également capitaliser sur les regains de performance des facteurs. Par exemple, si nous avions modifié notre stratégie en réduisant notre exposition au facteur valorisation compte tenu des difficultés très médiatisées qu'il a traversées, nous n'aurions pas autant profité du rebond de sa performance fin 2020 et début 2021. Cela ne fait donc que confirmer que nous avons déjà vu des situations similaires dans le passé et qu'il est essentiel de maintenir le cap. »

Qu'est-ce qui vous distingue le plus du consensus en ce qui concerne votre approche ou votre vision ?

« Une partie de notre activité de recherche est axée sur la diversification de notre approche grâce à l'utilisation de données alternatives et au machine learning. Ce qui nous différencie de la plupart des investisseurs quantitatifs, c'est le processus rigoureux que nous suivons lorsque nous testons de nouvelles variables ou de nouvelles méthodes. Même si nous savons que certaines données nouvelles n'ont pas beaucoup d'historique, la couverture doit être suffisante et s'étendre au moins à plusieurs marchés dans le monde. La qualité des données doit également être suffisamment élevée et les variables doivent passer avec succès nos tests rigoureux. Par exemple, elles doivent afficher de solides performances autonomes et résister à de nombreuses analyses de sensibilité, y compris à de légères modifications de leur définition. Qui plus est, toute nouvelle variable doit ajouter de la valeur aux facteurs existants que nous avons optimisés. Nous constatons souvent que la plupart des variables échouent à ce stade des tests.

À titre d'exemple, nous avons beaucoup travaillé dans le passé sur les données immatérielles telles que le goodwill et la R&D. À présent, nous approfondissons nos recherches et nous nous penchons davantage sur les données non structurées, telles que les informations sur les brevets, notamment le nombre des brevets déposés par une entreprise ou la qualité de ces brevets d'après les mentions qui en sont faites. Certains des résultats isolés sont prometteurs. Par exemple, nous avons observé que les données concernant le nombre de brevets permettent d'orienter judicieusement l'allocation sectorielle, mais qu'elles n'apportent pas de valeur ajoutée significative en matière de sélection des titres. Par ailleurs, les données concernant la qualité des brevets ont donné de bons résultats sur le plan de la sélection de titres, mais nous avons constaté que les données de R&D rendaient déjà compte de ces informations. Par conséquent, cette variable n'ajoute pas de la valeur en supplément des variables dont nous disposons déjà. Notre approche en matière d'utilisation des données alternatives et de machine learning est également quelque peu différente dans la mesure où nous y avons recours pour établir des prévisions à la fois concernant le rendement et le risque. Pour ce qui est des risques, nous recherchons des techniques qui peuvent nous aider à réduire l'exposition de nos portefeuilles au risque de défaut. »

Quel est le plus grand défi « externe » ou ce qui est le plus susceptible de changer la donne en 2022 (politiques gouvernementales, réglementations, politiques des banques centrales, inflation, etc.) ?

« La durabilité est une question qui préoccupe grandement les investisseurs. Nous ne l'envisageons pas comme un obstacle, mais elle peut indéniablement changer la donne. Les politiques et les réglementations dans ce domaine font l'objet d'une forte impulsion, comme en témoignent la législation sur le changement climatique, le règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR) et les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies, pour ne citer qu'eux. Les investisseurs se soucient de plus en plus de la manière de positionner leurs portefeuilles par rapport à ces évolutions. Certains s'attachent à un seul aspect de la durabilité, comme la réduction de l'empreinte carbone. D'autres envisagent une approche multidimensionnelle intégrée, qui vise à réduire l'empreinte carbone tout en intégrant les ODD et en s'exposant à des entreprises ayant un score ESG plus élevé, par exemple. D'autres investisseurs encore étudient comment concilier au mieux leurs préférences en matière de durabilité et leurs objectifs financiers.

Parallèlement, nous constatons une demande importante pour des stratégies dans lesquelles le budget affecté aux tracking errors est utilisé uniquement pour satisfaire les préférences en matière de durabilité. C'est le cas de nos stratégies « Sustainable Core », relativement nouvelles. Nous pensons que la flexibilité dans la conception et les solutions sur mesure sont essentielles, étant donné que les clients ont des objectifs différents sur le plan financier et en matière de durabilité. Étant donné que notre plateforme d'investissement quantitatif est de nature systématique et qu'elle repose sur des règles strictes, elle est capable d'élaborer des portefeuilles personnalisés pour les clients. S'y ajoutent nos connaissances institutionnelles dans les domaines de l'investissement quantitatif et durable. Nous pensons donc pouvoir offrir les meilleures solutions possibles à nos clients.

Les investisseurs réfléchissent aussi davantage à la manière d'avoir un réel impact. Nous pensons que le vote et le dialogue actionnarial jouent un rôle important. Grâce à ces outils, les actionnaires peuvent modifier ou réorganiser les priorités des entreprises. Toutefois, dans l'un de nos documents de recherche, nous avons montré que les gérants d'actifs (en particulier ceux qui ont beaucoup d'actifs sous gestion passive) votent généralement contre la plupart des propositions environnementales et sociales4. Le secteur doit donc encore faire de grands progrès en matière de vote. Nous prévoyons une attention accrue dans ce domaine. Nous pensons aussi que le rôle de la gestion active et passive est déterminant. Pourquoi ? Parce que, quand le dialogue actionnarial n'aboutit pas, les gérants d'actifs pratiquant une gestion passive ne peuvent pas se désinvestir des entreprises concernées tant qu'elles font partie de l'indice qu'ils cherchent à reproduire. »

Quelle est l'ambition/inspiration personnelle qui vous aidera à maintenir le cap dans l'année qui vient ?

« La pandémie de Covid-19 a fait surgir de nombreuses préoccupations concernant nos limites personnelles, dont beaucoup ont été contraignantes comme en conviendraient la plupart des gens, j'en suis sûre. Je pense notamment à la perte de l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Personnellement, en tant que maman, j'ai trouvé la période de fermeture des écoles assez difficile à gérer. Cette période a également coïncidé avec les difficultés que nous avons rencontrées au travail en raison de la chute des marchés. D'un autre côté, les mesures de confinement ont également entraîné une diminution des déplacements professionnels. Dans l'ensemble, je suis contente d'avoir pu passer plus de temps avec mon mari et mes trois jeunes garçons. Ils m'ont vraiment communiqué beaucoup d'énergie et de motivation tout au long de cette période, et il va sans dire que j'aimerais continuer à profiter des avantages d'avoir plus de temps en famille en 2022. Cela dit, personne ne se plaindra si les écoles ne ferment pas.

Il serait bien de poursuivre la réduction générale des voyages d'affaires au cours de l'année à venir, ainsi que la réduction des émissions de carbone qui en découle. J'aimerais aussi, sur un plan plus personnel, réduire davantage ma consommation de viande. J'y suis parvenu progressivement au cours des dernières années, mais mon objectif est de réduire ma consommation au strict minimum en 2022. Heureusement, mes enfants m'encouragent à adopter des menus végétariens. »

1 D. Blitz, « The quant crisis of 2018-2020: Cornered by ‘big growth' », Journal of Portfolio Management, mai 2021.
2 D. Blitz, « The quant cycle », document de travail, septembre 2021.
3 G. Baltussen, M. X. Hanauer, S. Schneider et L. Swinkels, « What valuations and interest rates tell us about equity factors », article Robeco, septembre 2021.
4 W. de Groot, J. de Koning et S. van Winkel, « Sustainable voting behavior of asset managers: do they walk the walk? », Journal of Impact and ESG Investing, juin 2021.

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