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L'essentiel de l'investissement climatique

Module éducatif destiné aux investisseurs professionnels

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La formation continue constitue une partie importante de la carrière d'un professionnel de l'investissement, surtout à une époque en constante évolution. Le changement climatique est devenu le défi majeur auquel sont confrontés les investisseurs, mais ce qu'il signifie pour les portefeuilles et la transition vers un monde plus sobre en carbone est moins clair.

Quels défis (et opportunités) créera-t-il ? Et pourquoi devrions-nous agir maintenant ? Certains professionnels de la finance ne connaissent pas les réponses à ces questions et s'en trouvent pénalisés, faute de pouvoir l'expliquer à d'autres, tels que leurs clients et collègues.

Ce module remédie à cette situation. Nous invitons les professionnels de la finance à suivre cette formation pour renforcer leurs connaissances, puis à les tester. Afin d'améliorer l'expérience d'apprentissage, ce module est présenté dans un langage clair et utilise des graphiques, une vidéo et des études de cas. Chacun des huit chapitres se lit en 15 minutes environ.

Un score de 12 réponses correctes sur 15 (80 %) représentera deux heures de formation professionnelle continue. Ce module éducatif est déjà accrédité par certains instituts nationaux et internationaux, et d'autres suivront.

L'Institut CFA autorise et encourage ses membres à indiquer dans leur compte en ligne les crédits qu'ils obtiennent auprès de sources externes (rubrique « PL tracker »).

Bonne chance !

1. Qu'est-ce que le réchauffement planétaire et le changement climatique?

Le changement climatique causé par l'augmentation des niveaux de CO2 dans l'atmosphère est considéré comme la plus grande menace à laquelle l'humanité est confrontée.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Comment le réchauffement planétaire entraîne un changement climatique mettant la vie en danger
  • L'élan donné par les protocoles internationaux depuis les années 1980
  • Les objectifs de température de l'Accord de Paris et les objectifs d'émissions du GIEC

La menace de la hausse des températures

Le changement climatique

Le changement climatique est l'altération à long terme des régimes climatiques causée par un réchauffement planétaire. Si rien n'est fait, le réchauffement de la planète entraînera des risques physiques considérables dus à l'aggravation des ouragans, des inondations, des sécheresses et des feux de forêt. Toutes ces catastrophes naturelles ont été observées en plus grand nombre à mesure que la Terre enregistrait des années de plus en plus chaudes.

Réchauffement planétaire

L'élévation du niveau des mers due à l'augmentation des précipitations et à la fonte des calottes polaires risque de déplacer des millions de personnes dans les zones côtières, tandis que la hausse des températures menace l'avenir de l'agriculture. Le réchauffement de la planète peut toutefois être endigué si les émissions de gaz à effet de serre sont réduites dès maintenant et si le monde devient neutre en carbone.

Émissions de gaz à effet de serre

« Devons-nous encore parler de l'urgence du changement climatique ? Je pense que nous constatons tous les sécheresses extrêmes, les températures extrêmes en été en Sibérie (38 degrés), les feux de forêts, les inondations. Je pense qu'il est assez clair que le climat est en train de changer. Pourtant, nous restons dépendants des énergies fossiles, qui émettent du CO2. Ce CO2 qu'elles ont stocké depuis des millions d’années a été libéré dans l'atmosphère en quelques centaines d'années, et désormais, les taux de CO2 dans l'atmosphère sont aussi élevés qu'il y a trois millions d'années. À l'époque, les températures étaient plus élevées d'environ 2-3 degrés par rapport à l'ère préindustrielle, et le niveau des mers était plus élevé de 15-25 mètres. Tout est dit. »Masja Zandbergen, Responsable de l'intégration ESG, Robeco

L'effet de serre

Combustibles fossiles

Le réchauffement planétaire est principalement dû à la combustion à long terme de combustibles fossiles depuis la révolution industrielle du XVIIIème siècle. Cela a produit environ 2 500 milliards de tonnes de gaz à effet de serre depuis 1750, augmentant les concentrations atmosphériques de dioxyde de carbone (CO2) de 67 % et les températures mondiales moyennes de plus de 1 °C1. Une grande partie de ces émissions est désormais bloquée et irréversible2.

Dioxyde de carbone

Les trois principaux gaz à effet de serre sont le dioxyde de carbone, le méthane (CH4) et le protoxyde d'azote (N2O), dont la majeure partie est générée par des processus industriels. Les émissions diffèrent de la pollution en ce sens que le CO2 est un sous-produit naturel de la vie – nous en expirons tous les jours – tandis que le méthane provient en grande partie des animaux d'élevage.

Puits de carbone

La plupart de ces émissions sont absorbées par les océans ou retenues sur terre par des puits de carbone naturels tels que le pergélisol ou permafrost (sol gelé en permanence dans des régions telles que la Sibérie et le nord du Canada) et les arbres. Le reste se retrouve piégé dans l'atmosphère, incapable de s'échapper dans l'espace, ce qui provoque le réchauffement de la planète sur plusieurs décennies.

Son impact sur les conditions météorologiques

La principale conséquence du réchauffement de l'atmosphère est une augmentation de l'humidité de l'air, ce qui entraîne des précipitations, inondations et tempêtes plus importantes et imprévisibles, mais aussi des températures plus extrêmes provoquant des canicules dans des régions auparavant froides, telles que l'Arctique, ainsi qu'une désertification croissante de régions auparavant fertiles.

Augmentation des températures

La preuve de l'augmentation des températures est que dix des années les plus chaudes de l'histoire se sont produites depuis 2005. La plus chaude a été 2016, où l'atmosphère terrestre a connu une élévation de température d'en moyenne 0,94 degré par rapport à la moyenne mondiale depuis 1880.

Figure 1 : les dix années les plus chaudes jamais enregistrées

Figure 2 : un timelapse du réchauffement planétaire

Vous pouvez voir l'évolution du réchauffement planétaire depuis le début des relevés en 1850 jusqu'à la situation actuelle en cliquant sur l'image.

Source : Berkeley Earth's Global Warming

Le taux CO₂ le plus élevé depuis quatre millions d'années

Les niveaux de CO2 atteignent de nouveaux records chaque année. Selon des recherches scientifiques, le niveau de 419 parties par million (ppm) enregistré dans l'atmosphère en juin 2021 a été observé pour la dernière fois sur Terre il y a plus de quatre millions d'années3. À cette époque, au Pliocène, avant même l'apparition de l'homme, la température moyenne en surface était supérieure de 2 à 3 °C aux niveaux préindustriels et le niveau moyen des mers était jusqu'à 25 mètres au-dessus de ce qu'il est aujourd'hui4.

La production agricole

Le réchauffement climatique menace également la production agricole, car les hivers plus doux et les printemps précoces perturbent le cycle de développement des cultures. La hausse des températures a un double effet sur les insectes. Dans les régions chaudes, elle menace d'anéantir les populations d'insectes utiles dont les plantes dépendent pour la pollinisation. Dans les régions plus froides, elle risque d'exposer les pays à des insectes « nuisibles » vecteurs de maladies qu'ils évitent actuellement.

Figure 3 : le dioxyde de carbone sur 800 000 ans

Niveaux de CO2 dans l'atmosphère. Source : National Oceanic and Atmospheric Association (NOAA), États-Unis.

Reconnaître le problème

Le réchauffement climatique a commencé à être pris au sérieux dans les années 1980, en partie à la suite d'une campagne réussie visant à mettre fin à l'utilisation de gaz chlorofluorocarbures (CFC) dans les aérosols qui endommageaient la couche d'ozone. Pour étudier le problème, l'Organisation météorologique mondiale et le Programme des Nations Unies pour l'environnement ont créé en 1988 le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

Les tentatives de réduction des émissions ont véritablement commencé avec la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement – connue sous le nom de « Sommet de la Terre » – qui s'est tenue à Rio de Janeiro en 1992. C'est ainsi qu'est née la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui a commencé à se réunir chaque année sous la forme d'une Conférence des Parties (COP).

Le Sommet de la Terre a été suivi en 1997 par le Protocole de Kyoto, le premier traité international qui engageait les signataires à réduire les émissions « à un niveau qui empêche toute perturbation anthropique dangereuse du système climatique ». L'Amendement de Doha, plus ambitieux, qui a introduit des objectifs contraignants pour 37 pays, dont les États membres de l'Union européenne, a suivi en 2012.

de l'urgence aux solutions

Investissement climat :

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L'historique Accord de Paris

Accord de Paris

En 2015, l'ONU a pris une mesure encore plus audacieuse en mettant pour la première fois une limite de température au réchauffement climatique dans l'historique Accord de Paris. Son principal objectif vise à maintenir l'augmentation de la température mondiale en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels d'ici la fin du siècle, et à poursuivre les efforts limiter cette hausse à 1,5 °C. Les 196 membres de la CCNUCC ont signé cet accord avant que les États-Unis ne s'en retirent en 2017 sous la présidence de Donald Trump et ne le rejoignent à nouveau en 2021 sous la présidence de Joe Biden

Réduction des émissions carbone

Atteindre ces objectifs nécessitait de fixer des cibles claires en matière de réduction des émissions carbone. Ainsi, en 2018, le GIEC a déclaré que pour atteindre l'objectif inférieur de 1,5 °C, les émissions devaient être réduites de 40 à 60 % par rapport aux niveaux de 2010 d'ici 2030, pour atteindre zéro émissions nettes vers 2050. Pour atteindre l'objectif des 2 °C, les émissions doivent être réduites de 25 % d'ici 2030 afin d'atteindre zéro émissions nettes d'ici 2050. Cela inclut le fait qu'un réchauffement de 0,8 à 1,2 °C s'est déjà produit5.

Toutefois, le GIEC a également averti qu'aux niveaux actuels d'(in)activité, l'objectif de 2 °C serait déjà probablement atteint d'ici 2030, et qu'un réchauffement planétaire de 3 °C d'ici la fin du siècle était plus probable. En septembre 2019, le GIEC a encore averti que le niveau des mers augmenterait d'au moins 1,1 mètre d'ici 2100 si aucune mesure n'est prise dès maintenant à l'échelle mondiale6.

D'autres prévisions du Carbon Brief, un projet de recherche britannique, font également état de perspectives effrayantes. Celui-ci prévoit une élévation du niveau de la mer de 56 cm même si l'objectif limite de 2 °C est atteint, ainsi que des conditions météorologiques plus extrêmes qui exposeraient 37 % de la population mondiale à des canicules et à des inondations annuelles causant 12 000 milliards de dollars de dégâts7.

Figure 4 : les impacts du réchauffement climatique à 1,5 °C et 2 °C

Conclusion

Le changement climatique est causé par un réchauffement planétaire dû à l'accumulation à long terme de gaz à effet de serre se retrouvant piégés dans l'atmosphère. Afin de limiter ce réchauffement de la planète, l'Accord de Paris fixe des objectifs pour lesquels le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat fixe des objectifs de réduction des émissions carbone. S'il n'est pas maîtrisé, le changement climatique constitue une menace sérieuse pour la vie humaine et la stabilité économique.

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2. Utiliser les engagements « zéro émissions nettes » pour lutter contre le réchauffement climatique

Le réchauffement climatique ne peut être combattu qu'en réduisant les émissions de gaz à effet de serre, ce qui a conduit à fixer des d'objectifs nationaux en matière de carbone et des engagements « zéro émissions nettes ».

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Pourquoi la réduction des émissions est essentielle pour atteindre les objectifs de Paris
  • L'importance des objectifs nationaux et des engagements « zéro émissions nettes »
  • Comment les investisseurs s'attaquent aux grands émetteurs en utilisant l'engagement

Pourquoi la décarbonation est la principale voie à suivre

Décarboner

Les scientifiques s'accordent à dire que si le réchauffement planétaire est causé par les émissions de gaz à effet de serre, il peut être réduit, voire inversé, en diminuant ces émissions. De nombreux pays, entreprises et investisseurs se sont ainsi engagés à décarboner, avec pour objectif d'atteindre la neutralité carbone d'ici 2050.

« zéro émissions nettes »

Comme nous l'avons vu au Chapitre 1, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a fixé des objectifs quant au degré de décarbonation nécessaire pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Les émissions mondiales doivent diminuer de 40 à 60 % par rapport aux niveaux de 2010 d'ici 2030 pour que le monde soit en mesure de limiter l'augmentation de la température mondiale à 1,5 °C ou de 25 % en 2030 pour limiter cette augmentation à 2 °C. L'objectif global est de rendre le monde neutre en carbone d'ici 2050, ce qui se traduit par une ambition de « zéro émissions nettes ».

Cependant, comme le montre le graphique ci-dessous, la Terre est en voie de connaître un réchauffement de 2,8 à 3,2 °C d'ici 2100 selon les politiques actuelles, ce réchauffement pouvant être réduit à 2,5-2,8 °C si les engagements en matière d'émissions sont respectés. Dans les deux cas, l'objectif de 2 °C ne serait pas atteint ; l'absence de politiques climatiques pourrait conduire à un réchauffement catastrophique de 4,8 °C.

Figure 5 : émissions mondiales de gaz à effet de serre et scénarios de réchauffement

Niveaux d'émissions en gigatonnes et ce que cela ajouterait au réchauffement planétaire. Source : Our World in Data.

- Chaque trajectoire est assortie d'une incertitude, marquée par l'amplitude de couleur allant d'émissions faibles à élevées pour chaque scénario.
- Le réchauffement correspond à l'augmentation prévue de la température mondiale d'ici 2100, par rapport aux niveaux préindustriels.

Source des données : Climate Action Tracker (basé sur les politiques et les engagements nationaux à décembre 2019). OurWorldinData.org - Research and data to make progress against the world’s largest problems. Sous licence CC-BY par les auteurs Hannah Ritchie & Max Roser.

Le Protocole sur les gaz à effet de serre a été mis en place pour offrir aux entreprises, et plus récemment aux investisseurs, une norme comptable mondiale permettant de mesurer les émissions et les activités d'atténuation. Ce système est désormais utilisé dans le monde entier, parallèlement à des initiatives de collecte de données telles que la Task Force for Climate-Related Financial Disclosures et le Carbon Disclosure Project.

Mesurer les émissions

Émissions Scope 1

Les émissions sont mesurées sous trois catégories (Scopes). Les émissions Scope 1 sont celles qui sont directement générées par l'entreprise, par exemple par les cheminées d'usine ou les gaz d'échappement d'avions. Les émissions Scope 2 sont créées par la production de l'électricité ou de la chaleur dont l'entreprise a besoin pour vendre ses principaux produits. Les émissions Scope 3 sont causées par l'ensemble de la chaîne de valeur, y compris le consommateur du produit tout au long de son cycle de vie.

Émissions Scope 2

Un constructeur automobile aurait des émissions Scope 1 et 2 relativement faibles pour la fabrication d'une voiture, mais l'utilisateur du véhicule consommerait de l'essence pour faire fonctionner la voiture pendant de nombreuses années, ce qui entraînerait des émissions Scope 3 élevées au cours de sa durée de vie.

Émissions Scope 3

Si les données relatives aux Scopes 1 et 2 sont relativement faciles à obtenir, il peut être très difficile de mesurer le Scope 3 ; pour l'utilisateur de la voiture, par exemple, on ne peut pas savoir sur combien de kilomètres, ni pendant combien d'années, elle sera conduite.

Les engagements des pays

Les progrès d'un pays vers la réduction de ces émissions et vers la neutralité carbone peuvent être cartographiés car l'Accord de Paris exige de tous les signataires qu'ils quantifient leurs efforts de décarbonation par le biais de Contributions déterminées au niveau national (CDN). Quelque 192 pays ont déjà soumis des CDN, chacun s'engageant à décarboner8.

Au total, des pays représentant environ 61 % de l'ensemble des émissions mondiales de dioxyde de carbone, 68 % du produit intérieur brut mondial et 58 % de la population mondiale sont désormais couverts par des objectifs « zéro émissions nettes », selon le groupe à but non lucratif Energy & Climate Intelligence Unit9. Il s'agit principalement d'engagements à devenir neutre en carbone d'ici 2050 pour atteindre le principal objectif de l'Accord de Paris.

Pacte vert européen

Certaines nations ont des projets plus ambitieux – l'Autriche et l'Uruguay se sont engagés à le faire d'ici 2040, tandis que la Chine, qui affiche la plus grande empreinte carbone au monde, s'est fixé une échéance plus longue à 2060. Ce pays est actuellement responsable de près de 30 % des émissions mondiales de CO2, contre 15 % pour les États-Unis et 9 % pour l'UE. Dans le cadre du « Pacte vert européen », l'UE s'est engagée à réduire d'ici 2030 les émissions de gaz à effet de serre de 55 % par rapport aux niveaux des années 1990.

Mais les progrès réalisés à ce jour ne sont pas encourageants. La Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) a indiqué que les politiques climatiques combinées actuelles des gouvernements nationaux ne permettront de réduire les émissions mondiales de gaz à effet de serre que de 0,5 % en 203010. D'un côté plus positif, la CCNUCC a également conclu que les objectifs à long terme des gouvernements impliquent une réduction des émissions de 90 % d'ici 2050 – atteignant presque zéro émissions nettes – ce qui mettrait effectivement le monde sur la voie d'une limitation de l'augmentation de la température mondiale à 2 °C d'ici 2100.

Outils de mesure

Horloge carbone

L'un des moyens de mesurer l'évolution consiste à savoir quelle quantité de CO2 peut encore être libérée dans l'atmosphère pour atteindre les objectifs de Paris. Selon l'horloge carbone du Mercator Research Institute on Global Commons and Climate Change (MCC), il ne reste que 6 ans et 10 mois avant de dépasser le scénario de 1,5 °C et 24 ans et 8 mois pour le scénario de 2 °C.

Figure 6 : vous pouvez voir l'évolution actuelle en cliquant sur l'image

Une autre façon de surveiller l'évolution consiste à suivre le niveau prévu du réchauffement planétaire en fonction des efforts de décarbonation qui sont faits actuellement. L'un de ces outils est le Climate Action Tracker (CAT), un projet allemand qui collecte des données sur les initiatives de décarbonation des gouvernements et les mesures par rapport aux objectifs de l'Accord de Paris11.

Figure 7 : le Climate Action Tracker mondial

Vous pouvez voir l'évolution de votre pays en cliquant ici sur l'image.

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Figure 8 : baromètre

Le CAT suit les Contributions déterminées au niveau national de 36 pays ainsi que l'UE, couvrant environ 80 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et environ 70 % de la population mondiale. Comme pour les horloges carbone, le résultat est catastrophique, car il prévoit un réchauffement de 2,6 °C d'ici 2100 sur la base des engagements actuels.

Les engagements des investisseurs

Les investisseurs s'engagent actuellement eux aussi à décarboner leurs portefeuilles et à rendre leurs actifs sous gestion neutres en carbone d'ici 2050. En 2020, en collaboration avec six réseaux régionaux d'investisseurs, l'International Investor Group on Climate Change (IIGCC) a lancé l'initiative Net Zero Asset Managers. Elle compte actuellement 128 signataires (dont Robeco) et représente 43 000 milliards de dollars en actifs gérés12.

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« En matière de changement climatique, il est évident que rien ne changera si tout le monde attend de son voisin. Chacun et chacune a sa part de responsabilité. Les pays doivent agir. Les entreprises doivent agir. Et les investisseurs aussi doivent agir. Concernant spécifiquement les investisseurs, je pense qu'ils ont une responsabilité toute particulière, car ils peuvent décider où investir leur argent. Et c'est là un outil très puissant. » – Carola van Lamoen, responsable de l'investissement durable, Robeco.

Désinvestir

Dans le cadre de cette initiative, les investisseurs acceptent de fixer des objectifs intermédiaires pour atteindre l'objectif de zéro émissions nettes, bien que la manière de décarboner fasse l'objet de débats. Se contenter de désinvestir des entreprises à forte intensité carbone, par exemple, ne résout pas le problème sous-jacent si les actions ou les obligations sont rachetées par quelqu'un d'autre. De nombreux investisseurs préfèrent utiliser l'engagement pour persuader les entreprises à forte intensité carbone de modifier leurs modèles commerciaux afin de pouvoir continuer à investir à long terme.

Climate Action 100+

Il est assez facile d'identifier ces entreprises, puisque les 167 entreprises concernées par le programme d'engagement de la collaboration d'investisseurs Climate Action 100+ représentent plus de 80 % des émissions industrielles mondiales13. Il s'agit des « suspects habituels », avec en tête les grands groupes pétroliers et gaziers, les services aux collectivités et les transports, mais aussi des domaines tels que l'agriculture, la pâte à papier et le papier, et les fonderies de métaux.

Le rôle de la réglementation

Plan d'action pour une finance durable de l'UE

La législation et la réglementation imposent également la décarbonation, tant aux pays qu'aux investisseurs. Le Plan d'action pour une finance durable de l'UE vise à promouvoir l'investissement durable, notamment en favorisant davantage les énergies renouvelables et les technologies de captage du carbone dans l'ensemble des 27 États membres.

Système d'échange de quotas carbone

Les plans de réduction des émissions de l'UE reposent sur un système d'échange de quotas carbone de premier ordre, qui fixe un prix pour le carbone et agit comme une taxe sur les participants. Un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières est en cours d'élaboration, afin de créer des règles équitables et de protéger les industries européennes contre les importations bon marché à forte intensité carbone.

Taxonomie européenne

Une Taxonomie européenne vise à définir pour la première fois quelles activités économiques sont « vertes ». L'UE prévoit également de renforcer la durabilité des stratégies d'investissement par le biais du règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers, en vertu duquel les investisseurs doivent indiquer si leurs investissements intègrent les principes de durabilité, y compris les questions environnementales.

Conclusion

La décarbonation est considérée comme la principale voie à suivre pour réduire les émissions et respecter l'Accord de Paris. Cet effort repose principalement sur les engagements des gouvernements, entreprises et investisseurs à atteindre zéro émissions nettes, et s'appuie sur la réglementation. L'évolution peut être surveillée et celle-ci semble indiquer que l'objectif est loin d'être atteint et que davantage d'efforts sont nécessaires.

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3. Pourquoi le changement climatique concerne les investisseurs

Le réchauffement climatique est une question de double importance pour les investisseurs, car il présente à la fois des risques et des opportunités liés à la transition et nécessite de s'adapter.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Comment cette double importance allie les approches top-down et bottom-up
  • Les risques (et opportunités) de transition auxquels les entreprises sont confrontées
  • Pourquoi l'alignement des investissements sur l'Accord de Paris peut aider à atteindre les objectifs

Double importance

Double importance

Le changement climatique présente une double importance pour les investisseurs car ils s'influencent mutuellement : le réchauffement planétaire affecte directement les rendements probables des investissements, tandis que les investissements eux-mêmes ont un impact direct sur le climat par le biais des émissions ou des déchets.

Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)

C'est aussi à la fois un risque et une opportunité, ce qui signifie que les investisseurs doivent comprendre quelles seront les conséquences pour eux à long terme. Pour cela, il est essentiel d'intégrer les facteurs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d'investissement, en se concentrant principalement sur ceux liés à l'environnement.

Risque physique

Le risque peut être de deux natures : physique et transitoire. Le risque physique résulte principalement de la menace croissante que représentent des conditions météorologiques plus extrêmes, comme les tempêtes et inondations qui endommagent les installations industrielles ou les bâtiments, ou rendent les terres agricoles inutilisables. Les assureurs ont déjà mis en garde que de nombreuses entreprises ne seront plus assurables – comme celles situées dans des plaines inondables ou des zones côtières – si le changement climatique n'est pas maîtrisé.

Conditions météorologiques plus extrêmes

Figure 9 : risques, opportunités et impact financier liés au climat

Source : Cadre du TCDF 2017

Risque transitoire

Le risque transitoire touche principalement les entreprises à forte intensité carbone dont les modèles commerciaux deviendront obsolètes si elles ne peuvent s'adapter à des processus ou à des produits à plus faible intensité carbone. Cela dépend en grande partie de leurs émissions et de leur capacité à les réduire. La Task Force for Climate-Related Financial Disclosures (TCFD) a développé un cadre pour aider les entreprises et autres organisations à communiquer de manière plus efficace les informations relatives aux risques et opportunités liés au climat par le biais de leurs processus de reporting existants14. L'élaboration d'une stratégie zéro émissions nettes est considérée comme un élément essentiel.

Top-down et bottom-up

Il est important de considérer les investissements à la fois d'un point de vue top-down et bottom-up. C'est ce qui permet ensuite d'aligner une stratégie sur les objectifs de l'Accord de Paris pour une durabilité à long terme.

Portefeuille

Les objectifs top-down se concentrent sur la décarbonation du portefeuille et sur la nécessité de surveiller l'empreinte carbone globale d'une stratégie par rapport à une trajectoire de réduction des émissions permettant d'atteindre l'objectif de 1,5 °C fixé par l'Accord de Paris. L'approche bottom-up consiste à analyser les entreprises (dans le cas des actions) et les pays (dans le cas des obligations d'État) afin d'évaluer leur aptitude à engager la transition.

Figure 10 : les objectifs top-down se concentrent sur la décarbonation du portefeuille

Si l'accent est mis ici sur l'identification des risques, la double importance offre également de formidables opportunités. L'approche top-down permet d'identifier les industries qui offrent déjà des solutions faiblement émettrices de carbone, comme les énergies renouvelables, tandis que l'approche bottom-up offre un moyen d'identifier les gagnants individuels de chaque secteur pour générer de l'alpha dans les portefeuilles. Ces opportunités sont examinées plus en détail au Chapitre 5.

Alignement sur l'Accord de Paris

L'alignement des investissements sur les objectifs de l'Accord de Paris a été facilité par un certain nombre d'initiatives au cours des dernières années. La première a été la création de la Paris Aligned Investment Initiative par l'Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC) en 2019.

La Net Zero Asset Managers Initiative a suivi peu de temps après, conduisant à des engagements de neutralité carbone d'ici 2050 ou plus tôt de la part des propriétaires et des gérants d'actifs l'année suivante. Des conseils sur la manière de décarboner les portefeuilles conformément à l'objectif de 1,5 °C ont été formulés dans le Net Zero Investment Framework, lancé en mars 2021 et désormais utilisé dans le monde entier.

Utiliser de nouveaux indices de référence

Mais comment évaluer la décarbonation ? La plupart des portefeuilles sont évalués par rapport à un indice de référence, tel que l'indice MSCI World, afin de voir s'ils peuvent être plus performants qu'un groupe de pairs. Jusqu'en 2020, il n'existait aucun indice de référence permettant de mesurer les progrès des entreprises ou des pays en matière de décarbonation.

indices de référence « Accord de Paris »

L'UE a réagi en créant des indices de référence « Accord de Paris ». Les entreprises qui les composent doivent répondre à des critères stricts, notamment une empreinte carbone déjà inférieure de 50 % à celle de l'ensemble de l'univers d'investissement, et une réduction de 7 % de cette empreinte chaque année par la suite.

L'exposition sectorielle est conforme à l'univers investissable, mais les entreprises du secteur des énergies fossiles sont exclues, sous réserve de certains seuils. Cela signifie qu'il faut exclure la quasi-totalité des secteurs du pétrole, du gaz et des services aux collectivités.

Les pistes du changement

Pour parvenir à un véritable alignement sur l'Accord de Paris, il ne suffit pas de retirer les entreprises à forte intensité carbone d'un indice ou d'un portefeuille. Le paramètre clé est de savoir si ces entreprises sont sur une trajectoire de réduction de l'intensité carbone de leurs modèles commerciaux, par exemple en passant aux énergies renouvelables ou en isolant leurs biens immobiliers pour réduire les pertes de chaleur. L'accent est mis sur la voie dans laquelle elles s'engagent plutôt que sur les niveaux de carbone actuels.

Plusieurs groupes d'investisseurs ont été créés pour aider à évaluer les progrès des entreprises dans cette transition. La Transition Pathway Initiative (TPI) est un programme mondial dirigé par des propriétaires d'actifs qui évalue la préparation des entreprises à la transition vers une économie à faible émissions de carbone et aide les investisseurs à comprendre le niveau d'ambition des objectifs de réduction des émissions des entreprises.

Près de 1 400 entreprises sont conseillées par la Science-Based Targets Initiative (SBTi), une collaboration entre plusieurs organisations à but non lucratif, le World Wildlife Fund (WWF), le World Resources Institute (WRI), le Carbon Disclosure Project (CDP) et le Pacte mondial des Nations Unies. Cette initiative fournit une assistance technique et des ressources expertes aux entreprises pour fixer et certifier des objectifs de réduction des émissions alignés sur un scénario à faible carbone.

Conclusion

Le changement climatique est de plus en plus important pour les investisseurs durables, présentant une double importance dans la mesure où ils s'influencent mutuellement. Les entreprises sont désormais confrontées à des risques liés à la transition, car nombre d'entre elles ont des modèles commerciaux dépendant des énergies fossiles qui pourraient devenir obsolètes. De nouveaux indices de référence permettent de trouver de meilleures façons de mesurer les progrès, tandis que plusieurs initiatives offrent des pistes pour un changement positif.

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4. Les obstacles à la décarbonation

Il n'est pas facile de décarboner un monde qui dépend encore d'énergies fossiles abondantes, tandis que des problèmes tels que la faible tarification du carbone et la déforestation restent des obstacles.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • La lutte difficile pour remplacer le charbon, le pétrole et le gaz par des énergies renouvelables
  • Pourquoi la tarification du carbone est trop faible et pas assez répandue pour fonctionner
  • Le coût du remplacement des infrastructures et le dilemme des données dans la mesure des émissions

La décarbonation est essentielle pour que nous puissions réduire à l'échelle mondiale les émissions de gaz à effet de serre et lutter contre le réchauffement climatique. Le principal problème est de savoir comment y parvenir, alors que le monde dépend toujours autant des énergies fossiles. Si la réponse réside dans le passage à des sources d'énergie renouvelables, ce n'est pas si simple lorsqu'il reste encore plus d'un milliard de voitures à essence sur les routes et que tant d'économies dépendent du pétrole ou du gaz.

Le problème ne se limite pas à l'offre d'énergie : la demande croissante d'électricité de la part de populations en augmentation constante et les contraintes logistiques liées à l'électrification de ce qui est actuellement non électrifiable constituent des obstacles majeurs. Les avions, par exemple, ne peuvent pas utiliser de batteries comme les voitures, car aucune n'est actuellement assez puissante pour fournir l'énergie nécessaire au décollage.

Captage du carbone

Les bâtiments présentent un autre obstacle structurel, car ceux qui sont énergivores ne peuvent pas être facilement amortis, leur démolition crée ses propres problèmes de déchets et les technologies de captage du carbone se sont jusqu'à présent avérées trop coûteuses pour être adaptées aux grandes infrastructures industrielles existantes.

Quand souffle le vent

Énergies renouvelables

Pourtant, la plupart des énergies fossiles peuvent être remplacées, et l'espoir repose en grande partie sur les énergies renouvelables sans émissions. Il y a toutefois deux problèmes majeurs : leur dépendance à des forces naturelles pour les générer et leur manque d'envergure à l'échelle mondiale. Autrement dit, les éoliennes ne fonctionnent pas s'il n'y pas de vent et l'énergie solaire ne fonctionne pas la nuit.

Figure 11 : production mondiale d'électricité

Source: IEA 2019

Ensuite, il y a la question de la concurrence avec des ressources existantes beaucoup plus importantes. Les énergies renouvelables ont parcouru un long chemin ces 30 dernières années. En effet, leur part dans la production mondiale d'énergie est passée de moins de 10 % à 29 % en 2020. Néanmoins, 38 % de l'énergie mondiale provient encore du charbon, 23 % du gaz et 3 % du pétrole15.

D'un autre côté, le charbon est abondant et peut être brûlé dans les centrales électriques nuit et jour. En 2018, les réserves mondiales de charbon s'élevaient à plus de 1 000 milliards de tonnes, soit suffisamment pour durer encore 132 ans au rythme d'extraction actuel ; les États-Unis ont encore du charbon pour 342 ans16.

Il reste plus de 1 600 milliards de barils de pétrole dans les réserves connues, soit suffisamment pour 45 ans au rythme de consommation actuel ; le Venezuela a encore du pétrole pour 364 ans17. Pour ce qui est du gaz naturel, il reste encore environ 700 000 milliards de mètres cubes, soit encore assez pour 52 ans.

Le coût – Loin du « business as usual »

Infrastructures

Le simple coût de la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris est un autre obstacle. Selon les estimations de l'OCDE, 6 900 milliards de dollars d'investissements dans les infrastructures sont nécessaires chaque année d'ici à 2030 pour atteindre l'objectif de 2 °C, soit l'équivalent d'un quart du PIB américain18.

On peut se demander si les pays qui ont été durement touchés par la perte de PIB pendant la pandémie de Covid-19 et les confinements peuvent se le permettre, bien qu'il soit important de se rappeler que les coûts sont généralement basés sur le principe du « business as usual ». Il semble évident que si l'on ne parvient pas à faire face au réchauffement climatique, il n'y aura plus de « business as usual ».

Par conséquent, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas réaliser ces investissements, car les conséquences risquent d'être pires. Selon des recherches menées par le Conseil américain de défense des ressources naturelles (NRDC), le non-respect des objectifs de l'Accord de Paris pourrait coûter jusqu'à 6 000 milliards de dollars à l'économie américaine au cours des prochaines décennies, tandis qu'un échec planétaire pourrait réduire le PIB mondial de plus de 25 % d'ici la fin du siècle19.

Le prix du carbone

La tarification du carbone est souvent considérée comme une solution pour réduire les émissions, car il s'agit d'un coût direct pour les principaux émetteurs. Or, le problème est que faute d'être adoptée à l'échelle mondiale, cette tarification est loin d’avoir l’effet escompté, avec des prix du carbone actuellement bien trop bas.

« Le prix du carbone a été identifié depuis de nombreuses décennies par les économistes comme la solution clé. Cependant, sa mise en œuvre s'est avérée problématique. Il existe environ 60 systèmes de tarification du carbone à travers le monde, mais, combinés, ils ne couvrent que 20 % des émissions mondiales et le prix moyen est de 2 dollars par tonne. Alors que les scientifiques conviennent qu'aujourd'hui, le prix du carbone devrait être compris entre 40 et 80 dollars la tonne, et qu'il devrait atteindre 100 dollars en 2030. Il reste donc un long chemin à parcourir. En revanche, là où une tarification appropriée du carbone est appliquée, comme par exemple en Europe (40 euros la tonne à l'heure actuelle), nous constatons un impact réel. » – Lucian Peppelenbos, stratégiste climat, Robeco.

Actuellement, seuls 22 % des émissions mondiales sont couvertes par des systèmes de tarification du carbone, à un prix moyen d'environ 2 dollars par tonne d'équivalent dioxyde de carbone (tCO2e)20. Des recherches suggèrent que pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, le prix du carbone devrait être de 40 à 80 dollars aujourd'hui, et passer à 100-150 dollars d'ici 203021. Un tel niveau forcerait la plupart des entreprises des secteurs à forte intensité carbone, tels que l'acier et le ciment, à mettre la clé sous la porte.

Dans le même temps, fin 2020, seuls 61 systèmes de tarification du carbone étaient en place ou prévus dans le monde, sous forme de systèmes d'échange de quotas d'émission (ETS) dans 31 pays, dont un important dans l'UE, et de taxes carbone dans 30 pays22. Le prix actuel du carbone du SCEQE est d'environ 33 euros par tonne de tCO2e.

Figure 12 : état et évolution de la tarification carbone

Source : Banque mondiale, 2019

Une comparaison entre les taxes carbone d'une nation ou d'une région et leur part des émissions mondiales de gaz à effet de serre. La Suède a la taxe la plus élevée tout en restant un émetteur de taille moyenne, tandis que la Californie a la taxe la plus faible tout en étant l'un des plus grands émetteurs du monde. Source : « State and Trends of Carbon Pricing 2020 », Groupe de la Banque mondiale.

Le dilemme des données

Données

Ce genre de problèmes rencontrés dans l'économie réelle en crée un autre pour obtenir suffisamment de données fiables sur lesquelles les gouvernements et les investisseurs peuvent se baser pour prendre les bonnes décisions afin que la décarbonation puisse progresser. Il y a trois grands problèmes.

1) Par définition, toute donnée acquise est historique, avec un laps de temps moyen de deux ans. Tenter d'interpréter les empreintes carbone en 2021 signifie utiliser des données de 2019, ce qui ne permet pas de savoir si une entreprise ou un pays est prêt pour la transition.

2) Le problème n'est pas qu'il n'y a pas assez de données, mais qu'il s'agit d'estimations, et non de mesures, et proviennent souvent de sources multiples et redondantes qui sont parfois contre-intuitives. Le double comptage – où la même réduction d'émissions est enregistrée deux fois – est également un problème courant.

3) Quelles mesures utiliser, car il s'agit principalement d'une approche quantitative alors qu'elle doit être plus qualitative. Le Net Zero Investment Framework fournit aux investisseurs des recommandations en matière de mesures, méthodologies et approches pour évaluer l'alignement d'une entreprise sur l'objectif zéro carbone23. Une approche plus prospective permet de saisir les attentes du marché concernant l'exposition et la sensibilité d'une entreprise au risque carbone, connues sous le nom de beta carbone24.

La volonté politique

Déforestation

Enfin, la volonté politique est cruciale pour lutter contre le réchauffement climatique. C'est ce que l'une des architectes de l'Accord de Paris, Christiana Figueres, a appelé le « leadership partagé » : tout le monde, du président aux passants dans la rue, doit travailler collectivement à un objectif commun. Cela nécessite un leadership fort de la part des gouvernements, qui a plutôt fait défaut dans le domaine de la déforestation, par exemple.

Chaque année, environ 300 000 kilomètres carrés de forêts ou de zones boisées disparaissent, soit une superficie équivalente à celle de l'Allemagne ou du Vietnam, et un quart de la forêt amazonienne a déjà été détruit25. Les arbres agissent comme un puits de carbone en absorbant le CO2 de l'atmosphère et en le remplaçant par de l'oxygène, la perte d'un si grand nombre d'entre eux chaque année est responsable de 17 % du réchauffement de la planète, selon le Forum économique mondial26.

Conclusion

La solution offerte par les énergies renouvelables présente des inconvénients lorsqu'elles sont en concurrence avec des énergies fossiles abondantes, tandis que le simple coût de la transition est dissuasif pour beaucoup. Les taxes carbone offrent un moyen de réduire les émissions mais sont actuellement trop faibles, et le dilemme des données dissuade certains investisseurs d'agir. La volonté politique fait également défaut, comme dans le cas de la déforestation.

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5. Quelles sont les opportunités ?

Le plus grand risque pour les investisseurs en matière de changement climatique est de ne pas voir les opportunités car le passage à une économie faiblement émettrice de carbone produira de nombreux gagnants.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Pourquoi les énergies renouvelables offrent les joyaux de la décarbonation
  • Que l'essor des voitures électriques s'inscrit dans un mouvement d'électrification plus vaste
  • Que l'hydrogène vert est une solution, alors que le captage du carbone est coûteux

Le changement climatique est un risque majeur pour les investisseurs, mais les solutions qui lui sont apportées représente également un marché de plusieurs milliers de milliards de dollars. En saisissant les opportunités qui sont offertes, les investisseurs peuvent faire partie de la solution en atténuant le réchauffement climatique. En ne les saisissant pas, les investisseurs font partie du problème en favorisant le réchauffement climatique et en continuant à le financer.

Les plus grandes opportunités concernent quatre domaines clés, de part et d'autre de l'échéance de 2030 pour l'accélération des investissements en vue d'atteindre les objectifs zéro carbone en 2050 :

Électrification

  • Avant 2030, elles se manifestent dans les technologies existantes : investissement dans l'efficacité, les énergies renouvelables et l'électrification de produits plus petits comme les voitures et les appareils ménagers.

Hydrogène vert

  • Après 2030, l'accent est mis sur les nouvelles technologies : rendre le transport lourd neutre en carbone en utilisant de l'hydrogène vert, par exemple, et en captant le carbone.

Le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables est peut-être l'opportunité la plus évidente et la plus visible. La plus forte croissance s'est faite au détriment de la biomasse et de l'énergie hydroélectrique – utilisées sous une forme ou une autre depuis des siècles – au profit des parcs éoliens et solaires.

Compte tenu de l'importance accordée aux infrastructures nécessaires à la transition, la feuille de route « Zéro émissions nettes d'ici à 2050 » de l'Agence internationale de l'énergie estime que pour atteindre zéro émissions nettes d'ici 2050 et limiter le réchauffement de la planète à 1,5 degré, l'investissement mondial total dans les énergies propres doit plus que tripler d'ici à 2030, à environ 4 000 milliards de dollars par an27.

Figure 13 : investissement dans les énergies propres dans la trajectoire « zéro émissions nettes »

Source : IEA

Éolien et solaire

L'énergie éolienne a été la plus grande source d'énergie nouvelle, représentant 5 % de toute la production mondiale d'électricité en 2018, alors qu'elle était pratiquement nulle dans les années 1990. Une grande partie de ces projets ont été réalisés en mer ; un grand nombre des plus grands parcs éoliens du monde se trouvent désormais dans la mer du Nord.

Outre le potentiel énergétique, elle présente également des opportunités d'investissement dans les entreprises qui fabriquent les éoliennes, dont certaines ont la taille d'un gratte-ciel. En effet, les stratégies ciblant les sociétés qui produisent les matériaux et développent les technologies nécessaires, plutôt que les parcs éoliens eux-mêmes, offrent de nombreuses opportunités d'investissement.

L'énergie solaire a littéralement été une autre étoile montante, représentant environ 2 % de la production mondiale d'électricité en 2018, principalement grâce aux installations de la dernière décennie. Comme dans le cas de l'énergie éolienne, les opportunités d'investissement résident en grande partie dans les fabricants d'équipements, notamment les panneaux photovoltaïques utilisés pour capter les rayons solaires

Figure 14 : production mondiale d'énergie renouvelable

Source : PB Statistical Review of Global Energy (2020) / OurWorldinDat.org/renewable-energy * CC BY

Note : Les « autres énergies renouvelables » désignent les sources renouvelables telles que la géothermie, la biomasse, les déchets, et l'énergie marémotrice et houlomotrice. La biomasse traditionnelle n'est pas incluse.

Vaste potentiel d'électrification

L'électrification offre un autre moyen de décarbonation, l'abandon des moteurs à combustion interne utilisés dans la plupart des moyens de transport étant un avantage évident. La part des voitures électriques dans les ventes de véhicules neufs au niveau mondial devrait passer de 2,7 % en 2020 à 10 % en 2025 et à 58 % (c'est-à-dire devenir majoritaire) d'ici 2040. La plupart des grands constructeurs automobiles s'étant engagés à rendre leur flotte électrique d'ici 2035, les jours des véhicules à essence seront comptés d'ici le milieu du siècle28.

Mais il n'y a pas que le trafic : une tâche plus difficile consiste à électrifier les bâtiments et les équipements qu'ils contiennent. De nombreux immeubles de bureaux utilisent encore le pétrole ou le gaz pour alimenter leurs systèmes de chauffage ou de climatisation, tandis que des millions de foyers disposent de cuisinières, de chaudières et de systèmes de chauffage central au gaz. Les plaques à induction basse tension sont désormais considérées comme les tables de cuisson les plus économes en énergie pour la maison.

Tout cela augmentera massivement la demande d'électricité, ce qui nécessitera d'énormes investissements pour accroître la taille des réseaux électriques nationaux. La demande de métaux conducteurs tels que le cuivre, l'aluminium et l'acier devrait ainsi augmenter, offrant ainsi de nouvelles opportunités sur les marchés des matières premières, bien qu'il y ait également un revers de la médaille en ce qui concerne les dommages environnementaux que cela peut entraîner.

Les nuances de l'hydrogène

L'hydrogène est un domaine de développement majeur considéré comme une source d'énergie alternative efficace pour le transport commercial. Elle pourrait potentiellement décarboner les flottes de fret longue distance, notamment les poids lourds et les trains qui utilisent du diesel, les porte-conteneurs qui utilisent un carburant de soute très polluant, et même certains types d'avions.

Elle a également le potentiel de décarboner certains processus industriels difficiles à maîtriser, comme la production d'engrais et d'acier. L'hydrogène se décline principalement en trois couleurs : le vert, le bleu et le gris selon la méthode de production.

Figure 15 : les principales catégories d'hydrogène

Source : Resources for the Future Report, décembre 2020

L’hydrogène (H2) peut être extrait de l'eau (H20) par électrolyse afin de produire de l'hydrogène vert décarboné. La forme la plus couramment utilisée dans l'industrie est actuellement l'hydrogène gris, produit par extraction de gaz naturels comme le méthane (CH4).

Pour obtenir de l'hydrogène vert sans émissions, on utilise l'électrolyse pour décomposer l'eau en ses deux composants, l'hydrogène et l'oxygène. L'hydrogène libéré peut ensuite être utilisé dans les piles à combustible. Si une énergie renouvelable est utilisée pour alimenter le processus d'électrolyse, le produit obtenu est alors entièrement décarboné.

Le marché présente un énorme potentiel de croissance, car à l'heure actuelle, seulement 4 % de l'hydrogène produit est vert. La majeure partie est actuellement extraite du méthane (CH4), ce qui donne soit de l'hydrogène bleu si le captage du carbone est utilisé pour piéger le sous-produit, soit de l'hydrogène gris dans le cas contraire. Dans le cadre d'un scénario bas carbone, l'hydrogène gris n'est pas considéré comme une solution viable, car il n'y a aucune réduction nette d'émissions.

Figure 16 : les applications de l'hydrogène dans l'économie

Source : The Fuel Cell and Hydrogen Energy Association (FCHEA), Roadmap to a US Hydrogen Economy (octobre 2020)

1. Captage et utilisation du carbone (pour la fabrication de produits chimiques)
2. Biocarburants, carburants synthétiques, ammoniaque

Le captage du carbone

captage et le stockage du carbone

Enfin, de nombreux espoirs de décarbonation reposent sur le captage et le stockage du carbone (CSC). Il s'agit d'un processus complexe en trois étapes consistant à capter le CO2 émis par une centrale ou un site industriel, le transporter par pipeline ou bateau et le stocker dans le sol de manière sécurisée. Le CSC empêche tout rejet de carbone dans l'atmosphère. Cependant, cette technologie est coûteuse et le stockage du carbone capté pose des problèmes environnementaux.

La plupart des sites industriels existants peuvent être équipés de cette technologie CSC, mais il est moins coûteux de l'intégrer dans la construction de nouveaux sites. Associer la combustion de combustibles issus de la biomasse à l'utilisation du CSC peut générer ce que l'on nomme des « émissions négatives », ce qui signifie que du CO2 est en fait éliminé de l'atmosphère. Au fil du temps, cette technologie deviendra de plus en plus importante pour répondre aux objectifs climatiques.

Conclusion

Il existe de vastes opportunités d'investissement dans les solutions au réchauffement climatique, avec en tête les infrastructures d'énergies renouvelables et le passage aux voitures électriques. L'hydrogène vert offre une solution pour les gros véhicules tels que les camions et les navires, tandis que les services aux collectivités pourraient devenir les héros de la transformation. Le captage du carbone deviendra de plus en plus important.

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6. Le rôle des investisseurs

une responsabilité fiduciaire de décarboner ?

A travers leur capacité à allouer des fonds et l'actionnariat actif, les investisseurs peuvent jouer un rôle considérable dans la transition vers une économie bas carbone.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • La nécessité d'orienter les capitaux vers des entreprises engagées dans la décarbonation
  • Comment l'intégration ESG, le vote et l'engagement peuvent apporter un changement
  • Pourquoi les collaborations réussissent de mieux en mieux à cibler les grands émetteurs

Soutenir les entreprises durables

Devoir fiduciaire

Les investisseurs ont un rôle à jouer – certains diraient même un devoir fiduciaire – en plaçant l'argent qu'ils contrôlent dans des sociétés qui effectuent les efforts pour devenir plus durables. Si la plupart s'accordent à dire que la réduction des émissions de carbone représente l'avenir à long terme, les coûts et les risques liés à la transition vers cet objectif ne sont pas encore pleinement pris en compte par le marché. Il est par conséquent logique d'être à la pointe de cette transition du point de vue de la gestion des risques et des portefeuilles.

« Pour les investisseurs, aborder le changement climatique fait partie de notre responsabilité fiduciaire, parce qu'il constitue à la fois un risque d'investissement et une opportunité d'investissement. C’est un facteur clé pour déterminer les gagnants et les perdants dans le marché de demain. Le changement climatique est essentiellement une défaillance du marché. Ce sont des émissions qui ne sont pas valorisées dans le cadre des décisions économiques. Cela impose aux gouvernements la lourde responsabilité de mettre en place les bonnes mesures incitatives et de déterminer le prix du carbone. » – Lucian Peppelenbos, stratégiste climat, Robeco

Environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG)

Les gérants d'actifs peuvent y parvenir principalement de deux manières : par le biais de l'intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) dans le processus d'investissement et par le biais de l'actionnariat actif. Cela leur permet d'orienter l'argent des clients vers les entreprises les plus durables et d'éviter d'investir dans les moins durables. Lorsque l'on considère le E dans ESG, on évalue le bilan environnemental d'une entreprise, son empreinte carbone, sa consommation d'eau et sa gestion des déchets.

L'intégration ESG

L'intégration ESG est devenue plus courante, puisque la moitié des investisseurs en Europe l'utilisent désormais sous une forme ou une autre29. Les analystes examinent les activités des entreprises principalement par le biais d'un filtrage négatif et positif, un processus de vérification basé sur des modèles pour évaluer leurs caractéristiques ESG. Cela peut également servir à identifier des sociétés présentant un meilleur profil ESG par rapport à leurs groupes de pairs. Ces informations peuvent par ailleurs être utilisées pour élaborer des stratégies « best-in-class », notamment des fonds climatiques sur mesure.

Figure 17 : part des d'actifs d'investissement durable dans le monde

Source: GSI Alliance

La taxonomie européenne

Taxonomie

Le nouveau règlement Taxonomie de l'Union européenne devrait permettre d'établir pour la première fois un système harmonisé de classification des activités économiques « vertes » et « durables » dans le cadre des réglementations de l'UE sur la finance durable, ce qui devrait aider les investisseurs à sélectionner des entreprises plus durables.

Selon ce règlement, les activités considérées comme environnementalement durables contribuent de manière substantielle à au moins un des six objectifs environnementaux suivants : atténuation du changement climatique, adaptation au changement climatique, utilisation durable et protection des ressources aquatiques et marines, transition vers une économie circulaire, prévention et contrôle de la pollution, et protection et restauration de la biodiversité et des écosystèmes.

Règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers

Pour les investisseurs, le Règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR) obligera les gérants d'actifs à indiquer dans quelle mesure leurs fonds sont durables, selon trois classifications. Plus généralement, s’il s'agit de l'Article 6 (l'ESG n'est pas utilisé), de l'Article 8 (l'ESG est intégré) et de l'Article 9 (objectifs de durabilité sur mesure).

Figure 18 : Règlement sur la publication d'informations en matière de durabilité dans le secteur des services financiers (SFDR)

Le climat est au cœur du Plan d'action pour une finance durable et de la Taxonomie de l'UE.

L'actionnariat actif

L'actionnariat actif peut servir d'outil. Pour les actionnaires, le vote peut être une arme puissante pour exprimer leurs préoccupations concernant les plans de transition des entreprises vers la neutralité carbone et pour influencer le changement.

Une tactique de plus en plus populaire consiste à voter contre le renouvellement du mandat des principaux administrateurs si une entreprise n'a pas fait assez pour améliorer ses performances ESG. Une autre consiste à déposer des résolutions d'actionnaires sur des sujets environnementaux, ce qui est souvent utilisé pour forcer les grands groupes pétroliers et gaziers à revoir des questions litigieuses.

« Say on Climate »

Un nouveau type de résolution est apparu en 2021, le « Say on Climate », dans lequel les entreprises présentent leur stratégie de transition énergétique lors d'une AGA. Les actionnaires votent selon leur estimation de si l'entreprise est sur la bonne voie en matière de décarbonation ou qu'elle a besoin de revoir sa copie. La plupart de ces résolutions ont jusqu'à présent été approuvées à une écrasante majorité.

S'engager pour des améliorations

Engagement

L'engagement, ou dialogue actionnarial, constitue un autre moyen de viser à améliorer les caractéristiques ESG des entreprises investies. Dans le cadre de ce processus, une entreprise accepte de discuter des préoccupations d'un investisseur pendant une période déterminée, pouvant souvent aller jusqu'à trois ans. Cela s'est souvent avéré efficace pour obtenir des améliorations dans des domaines tels que l'action climatique, la déforestation pour l'huile de palme et le plastique à usage unique ou les déchets excessifs.

Les programmes de décarbonation font l'objet d'un engagement important, et l'attention s'est élargie ces dernières années pour cibler également les institutions financières telles que les banques qui financent les entreprises à forte intensité carbone, et pas seulement les grands émetteurs eux-mêmes.

En dernier lieu, un investisseur peut menacer d'exclure une entreprise qui ne peut ou ne veut pas changer ses pratiques, la privant ainsi de capitaux extérieurs. Associer l'engagement à la possibilité de recourir à l'exclusion si le dialogue n'est pas fructueux s'est avéré particulièrement efficace pour persuader les géants de l'énergie à adopter des modèles commerciaux plus sobres en carbone, basés sur les énergies renouvelables.

Collaborations entre investisseurs

Aucun investisseur ne pouvant accomplir grand-chose à lui seul, les collaborations sont de plus en plus considérées comme la voie à suivre, car elles donnent aux investisseurs la possibilité de mettre en commun leurs ressources pour s'attaquer à un problème majeur dans lequel ils ont tous un intérêt direct. Elles permettent aussi à l'entreprise avec laquelle un dialogue a été engagé de traiter avec un seul groupe plutôt que d'avoir des dizaines de discussions distinctes sur un même sujet.

L'une des plus importantes est la collaboration Climate Action 100+. Initiée en 2017, celle-ci cible les plus grands émetteurs de gaz à effet de serre du monde et les encourage à prendre des mesures pour décarboner. Son efficacité a rapidement été prouvée, puisque le groupe a été à l'origine d'un engagement en 2018 qui a conduit le géant pétrolier Shell à lier pour la première fois les objectifs de réduction des émissions carbone à la rémunération des dirigeants.

IIGCC

Une autre initiative influente est celle du Groupe d'investisseurs institutionnels sur le changement climatique (IIGCC), une collaboration européenne qui compte plus de 325 membres dans 16 pays. Fondé en 2012, ses membres sont principalement des fonds de pension et des gérants d'actifs, avec plus de 39 000 milliards d'euros d'actifs sous gestion30.

En 2020, l'IIGCC a lancé l'initiative Net Zero Asset Managers afin de poursuivre l'objectif de Paris de neutralité carbone d'ici 2050. Ses membres (dont Robeco) ont souscrit au Net Zero Carbon Pledge, dans lequel ils s'engagent à rendre toutes leurs stratégies d'investissement neutres en carbone d'ici le milieu du siècle. Cet objectif sera atteint par le biais de décisions d'allocation de capital, du stewardship et d'un engagement fructueux auprès des entreprises, des décideurs politiques et des autres investisseurs.

Conclusion

Les investisseurs doivent assumer leur rôle en orientant les fonds vers les entreprises les plus durables et en s'engageant pour accélérer la transition de certaines sociétés à forte intensité carbone. L'exclusion est un dernier recours, mais elle ne résout pas le problème sous-jacent. La réglementation européenne et sa nouvelle taxonomie changent la donne et les collaborations entre investisseurs peuvent avoir une influence considérable.

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7. Solutions d'investissement climatique

Il existe de nombreuses façons d'investir dans des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique, des investissements thématiques aux fonds climatiques plus personnalisés.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Pourquoi des thèmes tels que les énergies renouvelables et l'électrification attirent les capitaux
  • L'essor de l'impact investing, des obligations vertes et de l'investissement environnemental
  • Une nouvelle vague de stratégies climatiques qui suivent des indices de référence spécifiques

Les solutions au changement climatique proviennent en grande partie des entreprises du secteur privé. Celles-ci développent des alternatives aux énergies fossiles et des techniques innovantes pour décarboner le monde. La plupart d'entre elles sont ouvertes aux investisseurs qui souhaitent obtenir des rendements tout en apportant leur contribution à la lutte contre le réchauffement climatique.

L'investissement direct

L'investissement direct est généralement réalisé par les entreprises elles-mêmes. La plupart des innovations sont financées par le capital des entreprises, et ce de l'invention des voitures et des téléphones portables à la technologie qui a rendu possible les panneaux solaires.

La majorité des investisseurs préfèrent investir dans les actions et les obligations des entreprises à l'origine de ces innovations, plutôt que de financer directement des infrastructures telles que des centrales solaires, des parcs éoliens ou le captage du carbone. Les investisseurs ont donc tendance à acheter les titres des exploitants d'infrastructures d'énergies renouvelables, ce qui inclut les grandes compagnies pétrolières qui se lancent dans l'éolien et le solaire.

Stratégies thématiques

Économie plus circulaire

L'investissement dans des stratégies liées au climat a gagné en popularité, sous l'impulsion des thèmes des énergies renouvelables, de la décarbonation, de l'électrification et de la transition vers une économie plus circulaire. L'extension des réseaux électriques et l'adoption de la voiture électrique offrent des opportunités dans des stratégies axées sur l'énergie, la mobilité et les matériaux « intelligents » qui ciblent les nouvelles technologies, les nouveaux processus et les nouveaux minéraux qui les sous-tendent.

Le thème de l'économie circulaire met l'accent sur l'abandon du système linéaire de gaspillage « take-make-dispose » (extraire-fabriquer-jeter) au profit d'un système qui utilise moins de ressources et génère moins de déchets. Ce concept fait principalement intervenir des mots commençant par « re » : recyclage, reconception, réutilisation, raffinage, reconditionnement et réparation. L'objectif est d'utiliser plus efficacement les ressources de la Terre, car les recherches montrent que le modèle linéaire consomme les ressources finies à raison de 1,75 fois les capacités annuelles de régénération de la planète31.

Figure 19 : l'infini champ des possibles de l'économie circulaire

L'économie circulaire offre des opportunités d'investissement dans tous les aspects de la vie moderne. Source : Robeco

L'impact investing

Sustainable Development Goals (SDGs)

L'impact investing offre un autre moyen d'avoir un impact tout en obtenant un rendement financier dans le domaine du changement climatique. Ce mode d'investissement a gagné en popularité depuis l'avènement des Objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU en 2015, avec plus de 700 milliards de dollars de liquidités des investisseurs investis dans des fonds d'impact sur mesure fin 202032.

Plusieurs des ODD ciblent des solutions au réchauffement climatique, notamment l'ODD 13 (action climatique), l'ODD 7 (énergie propre et abordable) et l'ODD 12 (consommation et production responsables). Deux autres visent des écosystèmes sains, qui sont mis à mal par des pratiques non durables : l'ODD 14 (vie aquatique) et l'ODD 15 (vie terrestre). L'ensemble de ces 17 objectifs visent à rendre le monde plus durable d'une manière ou d'une autre.

Des stratégies d'investissement ont été spécialement créées pour acheter les actions et obligations d'entreprises pouvant contribuer à un ou plusieurs de ces ODD. Robeco, par exemple, a développé un cadre propriétaire d'évaluation des ODD (baptisé SDG Impact Framework) qui utilise un processus en trois étapes pour évaluer ce que l'entreprise produit, comment elle le produit et si elle a été impliquée dans des controverses, afin de calculer sa contribution nette globale. Les scores obtenus sont utilisés pour sélectionner les titres des portefeuilles crédits et actions ODD.

Figure 20 : le processus en trois étapes pour identifier des entreprises adaptées aux stratégies ODD

Source: Robeco

Les obligations vertes

Green bonds

Les obligations vertes constituent un autre moyen d'avoir un impact. Il s'agit de titres de créance dont le produit est exclusivement destiné à promouvoir les objectifs de durabilité climatique et environnementale. Pour qu'une obligation soit qualifiée de « verte », son produit doit être investi dans des projets dont l'intérêt écologique est clair et dont le résultat peut être quantifié (énergies renouvelables, reforestation ou gestion des déchets, par exemple).

Ces obligations sont généralement émises par les États et les agences nationales ou supranationales, ce qui signifie qu'elles peuvent être achetées auprès d'un grand nombre de parties. Les désaccords sur ce qui constitue réellement un projet respectueux de l'environnement ont conduit l'UE à établir une norme pour les obligations vertes, un système de certification aligné sur la Taxonomie de l'UE, qui définit les critères de ce qui est réellement durable.

Un montant record de 270 milliards de dollars d'obligations vertes a été émis en 2020, portant le montant total actuellement en circulation à plus de 1 000 milliards de dollars33.

Les stratégies climatiques

Enfin, il existe des fonds climatiques sur mesure qui suivent des indices de référence spécialement conçus pour aligner les activités commerciales de leurs composantes sur l'Accord de Paris. En décembre 2020, Robeco a lancé deux stratégies obligataires dont les indices de référence sont alignés sur l'Accord de Paris et a ainsi été l'un des premiers gérants d'actifs à créer ce type de stratégie dans cet univers.

La stratégie Climate Global Credits cible les entreprises dont l'empreinte carbone combinée est de 50 % inférieure à un indice de référence standard. En outre, l'empreinte du portefeuille doit présenter une réduction de 7 % pour chaque année suivante. Les entreprises de combustibles fossiles sont exclues.

Malheureusement, les investisseurs ne peuvent pas tout contrôler : la plupart des réserves de charbon du monde, par exemple, sont détenues par des gouvernements, de sorte que les exclusions ne fonctionnent pas, et bon nombre des activités les moins durables, comme la déforestation, sont menées illégalement. Toutefois, des technologies permettent de repérer les abattages d'arbres non autorisés à l'aide d'équipements tels que des satellites « espions » et des drones.

Figure 21 : les satellites de l'Agence spatiale européenne peuvent être utilisés pour détecter la déforestation

Source : Getty Images

Conclusion

Les investisseurs ont tendance à acheter les actions ou les obligations des entreprises à la pointe de l'innovation en matière de changement climatique, plutôt que de financer directement les infrastructures. L'investissement thématique et l'impact investing offrent un moyen de cibler des stratégies axées sur le climat, y compris les ODD, tandis que les obligations vertes sont un moyen d'investir dans des projets environnementaux. Des stratégies climatiques sur mesure, dont les indices de référence sont alignés sur l'Accord de Paris, sont désormais disponibles.

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8. Études de cas pour les pays, secteurs et entreprises

La transformation nécessaire pour lutter contre le réchauffement climatique a déjà commencé, et peut être observée au niveau national, sectoriel et des entreprises.

Dans ce chapitre vous apprendrez :

  • Comment deux pays sont devenus les leaders mondiaux des énergies renouvelables
  • Que l'engagement a apporté un changement dans le secteur des voitures énergivores
  • Quelles entreprises prennent la décarbonation au sérieux en Asie et en Europe

Les efforts nationaux visant à remplacer les énergies fossiles par des énergies renouvelables sont au cœur de la lutte contre le réchauffement climatique, puisque la production d'électricité représente 25 % de l'ensemble des émissions34. C'est particulièrement important pour les pays côtiers qui subiront de plein fouet l'élévation du niveau de la mer si l'on ne s'attaque pas à ce problème.

Pays n° 1 : Royaume-Uni

Le Royaume-Uni est à l'avant-garde dans ce domaine : ses émissions ont diminué de plus de 40 % depuis 1990, un niveau plus élevé que dans tout autre pays35. L'engagement pris par le Royaume-Uni en avril 2021 de réduire ses émissions de 68 % par rapport au niveau de 1990 d'ici 2030 et de 78 % d'ici 2035 est également le plus ambitieux au monde36.

Ce succès est dû en partie aux investissements massifs dans les parcs éoliens en mer, notamment le plus grand champ d'éoliennes du monde, le London Array, en mer du Nord. L'éolien offshore a généré 26 % d'électricité de plus en 2020 qu'en 2019. La principale source d'énergie renouvelable reste l'énergie hydroélectrique, qui est exploitée en Écosse depuis le XIXe siècle.

Ces engagements ont permis au Royaume-Uni de se classer au deuxième rang du Climate Change Performance Index 2021, un classement annuel des efforts d'atténuation du changement climatique de 57 pays plus l'UE, couvrant 90 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre37.

On doit toutefois émettre certaines réserves : si l'on considère les chiffres par habitant, le Royaume-Uni (et l'Union européenne) ont une empreinte annuelle moyenne d'environ 7,9 tonnes de carbone par habitant, soit près de cinq fois plus que les 1,7 tonne par habitant de l'Inde, pays beaucoup moins riche38.

Un autre problème est que le chiffre de 40 % se réfère aux émissions territoriales de CO2 et n'inclut donc pas les émissions de l'aviation, du transport maritime et du carbone intégré dans les importations. Si l'on inclut ces chiffres, la réduction chute à environ 10 % depuis 199039.

Figure 22 : électricité produite, par source d'énergie

Production d'électricité au Royaume-Uni en 2020. Source : UK government Energy Trends, mars 2021

Pays n° 2 : Chili

Énergie géothermique

Si les investissements dans les énergies éolienne et solaire font la une des journaux, une source croissante d'énergie renouvelable provient directement de la Terre elle-même : l'énergie géothermique.

Celle-ci est utilisée avec succès au Chili, où se trouvent 15 % des volcans et 8 % des geysers du monde. La chaleur de la roche en fusion et des sources souterraines peut être convertie en électricité ; la capacité géothermique potentielle du Chili est d'environ 16 gigawatts, soit de quoi alimenter cinq millions de foyers40.

La géographie du pays favorise le développement des énergies renouvelables d'autres manières. L'énergie houlomotrice est exploitée à partir des marées le long de ses 5 000 km de côtes, tandis que le désert d'Atacama est l'endroit le plus aride de la planète avec la plus forte intensité d'ensoleillement. La centrale solaire de Vallenar, dans l'Atacama, était la plus grande d'Amérique du Sud lors de son ouverture en 201641.

Au total, les énergies renouvelables représentent désormais 46,5 % de la production d'électricité au Chili, soit le niveau le plus élevé d'Amérique latine42. Cela lui a valu d'être placé au sixième rang du Climate Change Performance Index 202143.

Figure 23 : ajouts annuels d'énergies renouvelables

La capacité en matière d'énergies renouvelables connaît une croissance exponentielle au Chili. Source : BNamericas

Secteur n° 1 : changement de vitesse pour les voitures

Les constructeurs automobiles sont à l'avant-garde de la transition. Avec 1,4 milliard de véhicules en circulation représentant 14 % de l'ensemble des émissions, leur électrification contribuerait de manière substantielle à la réalisation des objectifs de l'Accord de Paris44.

Certains grands constructeurs automobiles se sont engagés à passer à des flottes électriques d'ici 2040, tandis que la législation de certains pays rendra illégales les nouvelles voitures à essence d'ici 2050. La Norvège entend devenir le premier pays à interdire la vente de voitures fonctionnant aux combustibles fossiles en 2025, tandis que le Royaume-Uni prévoit de le faire en 203045.

Un programme d'engagement coordonné par l'Institutional Investors Group on Climate Change (IIGCC) a cherché en 2018 à obtenir des engagements fermes de la part des constructeurs automobiles pour la première fois, avec certains succès.

Volkswagen et Daimler se sont ainsi chacun fixé comme ambition à long terme d'atteindre zéro émissions nettes, respectivement d'ici 2039 et 2040. Volkswagen est allé jusqu'à parier sur une seule technologie en optant pour des véhicules électriques à batterie – le premier constructeur automobile à l'avoir fait. D'autres optent pour les hybrides, les piles à combustible, l'hydrogène ou une combinaison de technologies.

Secteur n° 2 : l'utilité des services aux collectivités

Les services aux collectivités qui produisent de l'électricité sont un autre secteur à l'avant-garde de la transition. Ils sont actuellement responsables de 24 % de toutes les émissions, principalement en raison de l'utilisation de centrales au charbon pour produire de l'électricité46.

Cependant, tous les grands acteurs se sont engagés à opérer une transition vers l'utilisation d'énergies renouvelables, et certains ont fixé des objectifs pour atteindre la neutralité carbone d'ici 2050, voire plus tôt, conformément aux objectifs de l'Accord de Paris. Toutes les entreprises européennes de services aux collectivités se sont engagées à ne pas développer de nouvelles capacités de production d'électricité à partir du charbon, mais à se concentrer sur des sources à moindre intensité de carbone, notamment le gaz naturel, à moyen terme.

En tant qu'entreprises dont la trajectoire vers la neutralité carbone est parmi les plus abruptes, elles sont également devenues des leaders de la transition énergétique, tandis que leurs bénéfices restent élevés. Ainsi, les obligations d'entreprise émises par les services aux collectivités pour financer les programmes de transition sont très bien notées.

Entreprise n° 1 : Enel prend la bonne direction

La motivation pour le changement doit venir du plus haut niveau si l'on veut qu'elle ait un quelconque effet. Une des entreprises à l'avoir fait est la compagnie d'électricité italienne Enel. Elle a en effet été l'une des premières à nommer un spécialiste du climat à son conseil d'administration.

Elle fait suite à une campagne d'engagement menée par Robeco au nom de la collaboration des investisseurs de Climate Action 100+, en collaboration avec l'association italienne des gérants d'actifs Assogestioni. En vertu du système italien de « voto di lista », les actionnaires minoritaires peuvent proposer des candidats au conseil d'administration lors de l'AGA de la société. Cela s'est fait en mai 2020 par la nomination d'un ancien dirigeant du secteur de l'énergie éolienne.

En conséquence, celui-ci a été nommé directeur non exécutif et devrait désormais contribuer à la mise en œuvre du plan de transition d'Enel, qui vise à rendre l'entreprise neutre en carbone d'ici 2050.

Beaucoup de progrès ont déjà été réalisés au sein de l'ancien monopole public de l'électricité en Italie : Grâce à d'importants investissements, Enel se targue aujourd'hui de tirer la moitié de son énergie des énergies renouvelables47. L'entreprise a construit l'une des plus grandes centrales hydroélectriques de son genre, la première installation solaire connectée au réseau, la première centrale photovoltaïque et le premier parc éolien d'Italie.

Entreprise n° 2 : Le plan audacieux d'Hitachi

La décarbonation des entreprises est cruciale si l'on veut atteindre les objectifs de l'Accord de Paris, et l'engagement peut être utile pour y parvenir. Un engagement de trois ans avec Hitachi a permis d'aider le géant japonais de l'électronique à fixer des objectifs de réduction de 50 % de ses émissions de Scope 1 et 2 d'ici 2030, et de 80 % de toutes ses émissions, y compris celles de Scope 3, plus difficiles, d'ici 2030.

Pour y parvenir, Hitachi est devenue l'une des rares entreprises à fixer un prix interne du carbone pour sa planification des investissements, en se basant sur une hypothèse de 5 000 yens (38 euros) par tonne. La société a déclaré qu'elle allait investir 84 milliards de yens (640 millions d'euros) sur 10 ans pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Cette évolution se répercutera à la fois sur l'offre et sur la demande, car Hitachi constate une augmentation de la demande des consommateurs pour des produits moins énergivores qu'elle peut fabriquer.

Hitachi est ainsi la seule grande entreprise cotée en bourse au Japon à avoir intégré la tarification du carbone aussi profondément dans sa stratégie. L'entreprise a déclaré qu'elle aurait fixé un objectif net zéro plus ambitieux pour 2050, mais qu'elle considérait cela trop difficile sans un prix du carbone convenu au niveau mondial.

Conclusion

Plusieurs pays utilisent leur géographie pour exploiter les énergies renouvelables et réduire leurs émissions. Des secteurs à forte intensité carbone, tels que l'automobile, ont montré qu'il est possible de transformer les modèles commerciaux en des alternatives à plus faible intensité carbone. Et de grandes entreprises telles qu'Enel et Hitachi prennent la question plus au sérieux en nommant des responsables climatiques et en fixant des objectifs. Tout ceci est de bon augure pour un changement positif.

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9. Synthèse

Ce dernier chapitre résume les principaux éléments que nous avons appris jusque-là :

  1. Le changement climatique est une modification à long terme des régimes climatiques qui, si elle n'est pas combattue, entraînera des conditions météorologiques de plus en plus extrêmes, une augmentation du niveau des mers et une menace pour la vie sur Terre. Elle a fait l'objet de protocoles internationaux successifs qui ont abouti en 2015 à l'Accord de Paris. Des objectifs en matière d'émissions ont ensuite été fixés par le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC).

  2. Il est largement admis que la réduction des niveaux de gaz à effet de serre qui sont à l'origine du réchauffement climatique est essentielle pour atteindre les objectifs de l'Accord de Paris. Les gouvernements ont réagi en fixant des objectifs nationaux de réduction des émissions, qui ont abouti à des engagements de neutralité carbone dans la plupart des cas d'ici 2050. Les investisseurs s'attaquent aux grands émetteurs par le biais de l'engagement et en fixant leurs propres engagements de zéro émissions nettes pour les portefeuilles. Les régulateurs placent la barre plus haut avec de nouvelles règles.

  3. Le changement climatique présente une double importance pour les investisseurs, dans la mesure où le réchauffement planétaire a un impact sur les investissements et vice versa. Cela signifie qu'il est nécessaire de combiner une approche top-down qui analyse les industries fortement émettrices avec une approche bottom-up qui évalue les risques de transition des entreprises. Il existe également des opportunités dans des secteurs qui peuvent offrir des solutions. L'alignement des investissements sur l'Accord de Paris peut aider à atteindre les objectifs.

  4. Si la lutte contre le changement climatique est essentielle, il reste encore de nombreux obstacles à surmonter. Remplacer les ressources abondantes de charbon, de pétrole et de gaz, qui peuvent être brûlées 24h/24 et 7j/7, par des énergies renouvelables moins fiables est une tâche ardue. La tarification du carbone est trop faible et pas assez répandue pour fonctionner correctement, le coût du remplacement des infrastructures est élevé et les méthodes de mesure des émissions peuvent être contradictoires. Enfin, la volonté politique est nécessaire pour mettre un terme à des phénomènes tels que la déforestation.

  5. En ce qui concerne les solutions disponibles, les énergies renouvelables offrent les joyaux de la décarbonation, suivies par l'énorme potentiel de l'hydrogène vert pour les industries plus difficiles à maîtriser, comme les transports lourds. L'essor des voitures électriques s'inscrit dans un mouvement d'électrification plus vaste qui implique une série de nouveaux matériaux et minéraux investissables. Le captage du carbone est une autre solution potentielle, mais la modernisation des infrastructures existantes est coûteuse.

  6. Les investisseurs ont un rôle majeur à jouer. Il existe un devoir clair d'orienter les capitaux vers les entreprises engagées dans la décarbonation, tandis que l'ESG devrait être utilisé plus largement pour repérer les problèmes environnementaux des entreprises. L'actionnariat actif par le biais du vote et de l'engagement peut apporter des changements favorables. En collaborant, les actionnaires réussissent de mieux en mieux à cibler les grands émetteurs pour les amener à décarboner sous peine de devoir faire face à l'exclusion ou à des actifs boqués.

  7. Par ailleurs, les moyens d'investir dans les solutions climatiques se sont élargis. Certains ciblent des tendances claires telles que les énergies renouvelables et l'électrification par le biais d'investissements thématiques. L'impact investing offre quant à lui un moyen plus spécifique de cibler des objectifs tels que les ODD. Les obligations vertes émises pour des projets environnementaux sont de plus en plus populaires, tout comme les stratégies qui suivent des indices de référence alignés sur l'Accord de Paris.

  8. Des progrès sont aussi réalisés au niveau des pays, secteurs et entreprises. Trois pays sont devenus des leaders mondiaux dans le domaine des énergies renouvelables : le Royaume-Uni (éolien), le Maroc (solaire) et le Chili (géothermie). L'engagement a fait évoluer le secteur de l'automobile, gros consommateur de combustibles fossiles, vers les véhicules électriques. Et nous avons de bons exemples d'entreprises qui opèrent un changement : Hitachi, qui a fixé un prix interne du carbone, et Enel, qui a nommé un responsable climatique.

Si vous avez assimilé toutes ces informations, vous êtes prêt à passer le test.

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Prêt pour le test ?

Maintenant que vous avez appris les bases de l'investissement climatique, il est temps de tester vos connaissances. Ci-dessous se trouvent 15 questions à choix multiple portant sur les huit chapitres que vous avez étudiés. Cochez les réponses qui vous semblent correctes. Si vous répondez correctement à 12 questions ou plus, vous obtiendrez 2 heures de FPC.

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Quelles sont les principales hausses de température que l'Accord de Paris vise à limiter ?

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Quels sont les trois principaux gaz à effet de serre ?

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Les émissions sont mesurées sous trois catégories (Scopes). À quoi correspondraient ces catégories dans le cas d'un constructeur automobile ?

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Quelles sont les initiatives en cours pour réduire les émissions et atteindre les objectifs de l'Accord de Paris ?

Sélectionnez la bonne réponse

Que signifie le concept de double importance pour les investisseurs ?

Sélectionnez la bonne réponse

6. Lequel des éléments suivants n'est pas un risque de transition ?

Sélectionnez la bonne réponse

Quel est le paramètre le plus important pour juger du succès de la décarbonation ?

Sélectionnez la bonne réponse

Quels sont les trois obstacles à la décarbonation ?

Sélectionnez la bonne réponse

Quels sont les deux principaux problèmes liés à la tarification du carbone ?

Sélectionnez la bonne réponse

Citez trois opportunités dans le domaine de l'investissement climatique

Sélectionnez la bonne réponse

Pourquoi l'hydrogène vert est-il le plus écologique ?

Sélectionnez la bonne réponse

Comment l'actionnariat actif peut-il jouer un rôle pour favoriser la transition vers un monde plus sobre en carbone ?

Sélectionnez la bonne réponse

Quel est l'objectif visé par la collaboration Climate Action 100+ ?

Sélectionnez la bonne réponse

Comment l'économie circulaire peut-elle contribuer à lutter contre le réchauffement climatique ?

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Que fait Hitachi pour aider à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris ?

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Vos réponses
1
Quelles sont les principales hausses de température que l'Accord de Paris vise à limiter ?
Un maximum de 2 degrés Celsius d'ici 2050 et dans l'idéal 1,5 degré
Un maximum de 2 degrés Celsius d'ici 2100 et dans l'idéal 1,5 degré
Un maximum de 1,5 degré Celsius d'ici 2100 et dans l'idéal 1,0 degré
Un maximum de 2 degrés Celsius d'ici 2050 et dans l'idéal 1,5 degré
Un maximum de 2 degrés Celsius d'ici 2100 et dans l'idéal 1,5 degré
Un maximum de 1,5 degré Celsius d'ici 2100 et dans l'idéal 1,0 degré
2
Quels sont les trois principaux gaz à effet de serre ?
Dioxyde de carbone, monoxyde de carbone, dioxyde de soufre
Hydrogène, protoxyde d'azote, méthane
Dioxyde de carbone, protoxyde d'azote, méthane
Dioxyde de carbone, monoxyde de carbone, dioxyde de soufre
Hydrogène, protoxyde d'azote, méthane
Dioxyde de carbone, protoxyde d'azote, méthane
3
Les émissions sont mesurées sous trois catégories (Scopes). À quoi correspondraient ces catégories dans le cas d'un constructeur automobile ?
Scope 1 pour une voiture à essence, Scope 2 pour un véhicule diesel et Scope 3 pour un véhicule électrique
Scope 1 pour la teneur en métal, Scope 2 pour les matières plastiques nécessaires et Scope 3 pour l'échappement
Scope 1 pour la fabrication de la voiture, Scope 2 pour l'énergie nécessaire et Scope 3 pour son utilisation
Scope 1 pour une voiture à essence, Scope 2 pour un véhicule diesel et Scope 3 pour un véhicule électrique
Scope 1 pour la teneur en métal, Scope 2 pour les matières plastiques nécessaires et Scope 3 pour l'échappement
Scope 1 pour la fabrication de la voiture, Scope 2 pour l'énergie nécessaire et Scope 3 pour son utilisation
4
Quelles sont les initiatives en cours pour réduire les émissions et atteindre les objectifs de l'Accord de Paris ?
Initiative Net Zero Asset Managers, Système d'échange de quotas carbone, Taxonomie européenne
Groupe de travail sur la tarification du carbone, Taxonomie européenne, Green Deal américain
Initiative Net Zero Asset Managers, Projet de réduction des émissions de carbone, Autorité Scope 3
Initiative Net Zero Asset Managers, Système d'échange de quotas carbone, Taxonomie européenne
Groupe de travail sur la tarification du carbone, Taxonomie européenne, Green Deal américain
Initiative Net Zero Asset Managers, Projet de réduction des émissions de carbone, Autorité Scope 3
5
Que signifie le concept de double importance pour les investisseurs ?
Vous avez besoin d'une approche top-down et d'une approche bottom-up
Le changement climatique affecte les investissements, tandis que les investissements ont un impact sur le changement climatique
Les investisseurs doivent investir deux fois plus d'argent dans les fonds ESG pour obtenir le même rendement
Vous avez besoin d'une approche top-down et d'une approche bottom-up
Le changement climatique affecte les investissements, tandis que les investissements ont un impact sur le changement climatique
Les investisseurs doivent investir deux fois plus d'argent dans les fonds ESG pour obtenir le même rendement
6
6. Lequel des éléments suivants n'est pas un risque de transition ?
Être confronté à des perturbations causées par des conditions météorologiques plus extrêmes, entraînant des dommages aux bâtiments dus aux tempêtes
Passer à un modèle commercial bas carbone afin que les produits ne deviennent pas obsolètes
Se préparer à s'approvisionner en énergie auprès de fournisseurs d'énergies renouvelables plutôt qu'en combustibles fossiles
Être confronté à des perturbations causées par des conditions météorologiques plus extrêmes, entraînant des dommages aux bâtiments dus aux tempêtes
Passer à un modèle commercial bas carbone afin que les produits ne deviennent pas obsolètes
Se préparer à s'approvisionner en énergie auprès de fournisseurs d'énergies renouvelables plutôt qu'en combustibles fossiles
7
Quel est le paramètre le plus important pour juger du succès de la décarbonation ?
Si une entreprise a actuellement un bilan carbone net nul dans ses activités
Si une entreprise s'est engagée à ne pas utiliser de charbon pour produire l'énergie dont elle a besoin
Si une entreprise est sur la bonne voie pour décarboner ses activités commerciales
Si une entreprise a actuellement un bilan carbone net nul dans ses activités
Si une entreprise s'est engagée à ne pas utiliser de charbon pour produire l'énergie dont elle a besoin
Si une entreprise est sur la bonne voie pour décarboner ses activités commerciales
8
Quels sont les trois obstacles à la décarbonation ?
Les énergies renouvelables sont trop chères, l'obtention de données correctes et le manque de volonté politique
Le manque d'envergure des énergies renouvelables, la tarification du carbone et l'obtention de données correctes
Son simple coût, l'impossibilité de capter le carbone et le manque de volonté politique
Les énergies renouvelables sont trop chères, l'obtention de données correctes et le manque de volonté politique
Le manque d'envergure des énergies renouvelables, la tarification du carbone et l'obtention de données correctes
Son simple coût, l'impossibilité de capter le carbone et le manque de volonté politique
9
Quels sont les deux principaux problèmes liés à la tarification du carbone ?
Elle n'est pas universellement adoptée et le prix moyen du carbone est trop bas
Elle n'est pas universellement adoptée et le prix moyen du carbone est trop élevé
Trop d'entreprises tentent de le faire et le prix du carbone fluctue trop
Elle n'est pas universellement adoptée et le prix moyen du carbone est trop bas
Elle n'est pas universellement adoptée et le prix moyen du carbone est trop élevé
Trop d'entreprises tentent de le faire et le prix du carbone fluctue trop
10
Citez trois opportunités dans le domaine de l'investissement climatique
Énergies renouvelables, énergie nucléaire, voitures à hydrogène
Énergie nucléaire, électrification, avions à batteries
Énergies renouvelables, électrification, captage du carbone
Énergies renouvelables, énergie nucléaire, voitures à hydrogène
Énergie nucléaire, électrification, avions à batteries
Énergies renouvelables, électrification, captage du carbone
11
Pourquoi l'hydrogène vert est-il le plus écologique ?
Le captage du carbone est utilisé dans le processus d'extraction par électrolyse
Les énergies renouvelables sont utilisées dans le processus d'extraction par électrolyse
Le méthane (CH4) est décomposé, ce qui permet de produire quatre fois plus d'hydrogène
Le captage du carbone est utilisé dans le processus d'extraction par électrolyse
Les énergies renouvelables sont utilisées dans le processus d'extraction par électrolyse
Le méthane (CH4) est décomposé, ce qui permet de produire quatre fois plus d'hydrogène
12
Comment l'actionnariat actif peut-il jouer un rôle pour favoriser la transition vers un monde plus sobre en carbone ?
En utilisant le vote et l'engagement pour persuader les grands émetteurs de décarboner
En excluant systématiquement toute entreprise dont les émissions sont supérieures à la moyenne mondiale
En utilisant le pouvoir des actionnaires pour forcer les faibles émetteurs à racheter les gros émetteurs
En utilisant le vote et l'engagement pour persuader les grands émetteurs de décarboner
En excluant systématiquement toute entreprise dont les émissions sont supérieures à la moyenne mondiale
En utilisant le pouvoir des actionnaires pour forcer les faibles émetteurs à racheter les gros émetteurs
13
Quel est l'objectif visé par la collaboration Climate Action 100+ ?
Décarboner toutes les composantes de l'indice britannique FTSE 100
Proposer 100 suggestions de désinvestissement des entreprises à forte intensité carbone
Engager un dialogue avec les plus grands émetteurs mondiaux et les encourager à décarboner
Décarboner toutes les composantes de l'indice britannique FTSE 100
Proposer 100 suggestions de désinvestissement des entreprises à forte intensité carbone
Engager un dialogue avec les plus grands émetteurs mondiaux et les encourager à décarboner
14
Comment l'économie circulaire peut-elle contribuer à lutter contre le réchauffement climatique ?
Le recyclage des produits permet de réduire la nécessité d'en fabriquer de nouveaux, ce qui réduit les émissions
Le carbone est en boucle fermée en étant remis dans le sol après avoir été libéré
Une plus grande automatisation signifie que moins d'énergie est utilisée dans le processus de fabrication
Le recyclage des produits permet de réduire la nécessité d'en fabriquer de nouveaux, ce qui réduit les émissions
Le carbone est en boucle fermée en étant remis dans le sol après avoir été libéré
Une plus grande automatisation signifie que moins d'énergie est utilisée dans le processus de fabrication
15
Que fait Hitachi pour aider à atteindre les objectifs de l'Accord de Paris ?
Faire de son prix interne du carbone le plus élevé au monde
Fixer des objectifs de réduction des émissions et un prix interne du carbone
S'engager à ne pas s'approvisionner en composants en dehors du Japon
Faire de son prix interne du carbone le plus élevé au monde
Fixer des objectifs de réduction des émissions et un prix interne du carbone
S'engager à ne pas s'approvisionner en composants en dehors du Japon