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« Le beta carbone est un indicateur de risque climatique supplémentaire qui surpasse les données traditionnelles sur le carbone »

« Le beta carbone est un indicateur de risque climatique supplémentaire qui surpasse les données traditionnelles sur le carbone »

05-04-2022 | Interview

Les résultats de travaux de recherche sur un nouvel indicateur de mesure du risque climatique, le beta carbone, ont été présentés lors d’une prestigieuse conférence du National Bureau of Economic Research (NBER). Nous en discutons avec Joop Huij, responsable des solutions indicielles durables chez Robeco, et Dries Laurs, chercheur en solutions indicielles durables.

  • Joop  Huij
    Joop
    Huij
    Head of Indices
  • Dries  Laurs
    Dries
    Laurs
    Researcher
  • Lusanele Magwa
    Lusanele
    Magwa
    Investment Writer

Points clés

  • Le beta carbone intègre des informations prospectives sur le risque climatique
  • Cet indicateur donne un aperçu du niveau de préparation (leaders ou retardataires) des entreprises pour la transition
  • Il peut compléter les données sur les émissions de carbone en tant que mesure de contrôle du risque climatique d’un portefeuille

Dries, pouvez-vous nous parler brièvement de vous et du projet de recherche innovant auquel vous avez participé ?

Dries Laurs : « Bien sûr. Je fais partie du programme PhD de Robeco et, à ce titre, je suis chercheur dans l’équipe Sustainable Index Solutions et doctorant à l’université libre d’Amsterdam. Dans le cadre de mes recherches doctorales, j’analyse les répercussions du réchauffement climatique sur les marchés financiers et les solutions dont les investisseurs disposent pour s’adapter à ce phénomène. J’ai récemment cosigné mon premier article1 avec deux professeurs de l’université, Philip Stork et Remco Zwinkels, ainsi qu’avec Joop Huij, qui est l’un de mes directeurs de thèse et le responsable des solutions indicielles durables chez Robeco. Notre étude porte sur le « beta carbone », qui est un indicateur de marché servant à mesurer le risque climatique. Cet indicateur fait apparaître le niveau de corrélation entre des actifs, par exemple les actions mondiales ou les matières premières, et un facteur de risque lié au carbone. Les conclusions de nos travaux de recherche nous ont permis de valider notre concept et nous avons également été invités à présenter notre article lors d’une conférence du NBER. »

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En quoi consiste le programme PhD de Robeco ?

Joop Huij : « Le capital humain est l’élément stratégique de toutes les sociétés de gestion d’actifs. Robeco s’efforce donc toujours de recruter les meilleurs talents. En tant que professeur de finance à temps partiel à la Rotterdam School of Management, j’ai le privilège de donner des cours à de nombreux étudiants. Cette plateforme me permet de repérer des candidats exceptionnels qui pourraient participer au programme PhD de Robeco. Nous avons mis en place cette initiative il y a plusieurs années et elle a apporté une grande contribution comme en témoignent les recherches déterminantes dont a bénéficié Robeco. Avec Dries, nous avons la chance d’avoir un autre talent de premier plan, comme on peut clairement le voir dans son apport au projet de recherche sur le beta carbone et dans l’invitation qu’il a reçue à participer à une conférence du NBER. »

De quoi parle l’article sur le beta carbone ?

D.L. : « Dans notre article, nous introduisons une mesure de l’exposition des actifs au risque climatique, qui est déterminée par le niveau de corrélation entre le rendement d’un actif et un facteur de risque lié au carbone. Par exemple, un actif ayant un beta carbone négatif a tendance à enregistrer des rendements élevés lorsque les risques liés au carbone augmentent. Ce type d’actif peut être considéré comme une couverture contre le risque climatique, car il est rentable lorsque les investisseurs sont particulièrement préoccupés par le réchauffement climatique. Le phénomène inverse se vérifie pour un actif ayant un beta carbone élevé, car il a généralement des rendements faibles lorsque les risques liés au carbone augmentent. Nous testons notre concept de plusieurs manières. Pour commencer, nous validons minutieusement nos estimations du beta carbone. Par exemple, nous trouvons les betas carbones les plus élevés dans l’énergie, les matériaux et les services aux collectivités, des secteurs qui ont généralement des émissions très élevées. Nous observons également des corrélations étroites entre le beta carbone et les émissions, l’intensité des émissions, les scores verts et les indicateurs académiques mesurant l’exposition au réchauffement climatique. » 

Graphique 1 | Valeur moyenne du beta carbone par secteur d’activité

Source : L’échantillon est constitué des actions ordinaires de l’univers CRSP-Compustat négociées sur le NYSE, le Nasdaq ou l’AMEX. La période étudiée s’étend de janvier 2007 à décembre 2020.

« Deuxièmement, nous étudions le potentiel prédictif du beta carbone concernant le rendement des actifs durant des périodes marquées par la matérialisation du risque climatique. Afin de déterminer quand ces matérialisations ont eu lieu, nous recherchons au cours d’un mois donné les similitudes de vocabulaire entre les textes faisant autorité sur le réchauffement climatique, par exemple les combinaisons de mots fréquemment utilisées dans les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et les articles du Wall Street Journal. Ainsi, nous supposons que les mois chargés en actualités liées au changement climatique se caractérisent par une incertitude quant à la politique future en matière de lutte contre le réchauffement climatique. En cartographiant au fil du temps le niveau d’incertitude entourant la politique américaine de lutte contre le changement climatique, nous constatons des pics d’incertitude lors des sessions de la Conférence des Parties (COP), après la publication des principaux rapports du GIEC sur le climat et au moment de l’élection de Donald Trump et de Joe Biden. Nous constatons que les actions dont le beta carbone est plus élevé ont des rendements plus faibles au cours de ces périodes de risque climatique élevé, et vice versa. Nous supposons également que les mois caractérisés par des températures inhabituellement élevées ou des conditions de sécheresse extrêmes correspondent à des réalisations négatives du risque climatique, et nous observons un effet similaire sur les rendements des actions. »

Graphique 2 | Niveau d’incertitude entourant la politique américaine de lutte contre le changement climatique

Source : Le niveau d’incertitude de la politique de lutte contre le changement climatique est déterminé par les similitudes de vocabulaire entre les textes faisant autorité sur le réchauffement climatique et les articles du Wall Street Journal. La période étudiée s’étend de janvier 2007 à décembre 2020.

« Dans notre étude, nous constatons que ces événements associés à un risque climatique élevé se traduisent généralement par une baisse du rendement des actions dont le beta carbone est plus élevé. Enfin, nous nous penchons sur l’innovation verte et constatons qu’au sein des différents secteurs étudiés, les entreprises dont le beta carbone est plus faible sont généralement plus actives dans le brevetage de technologies vertes. Or cette relation n’existe pas quand on regarde du côté des émissions ou de l’intensité des émissions d’une entreprise. Par conséquent, nous pensons que le beta carbone est un indicateur de risque climatique supplémentaire qui surpasse les données traditionnelles sur le carbone. »

Graphique 3 | Rendements annualisés moyens des actions américaines ayant un beta carbone faible, neutre et élevé au cours des mois d’incertitude élevée en matière de politique de lutte contre le changement climatique

Source : Les mois au cours desquels le niveau d’incertitude de la politique de lutte contre le changement climatique se situe au-dessus du 80 ème centile sont qualifiés de périodes de « forte incertitude de la politique de lutte contre le changement climatique ». L’échantillon est constitué des actions ordinaires de l’univers CRSP-Compustat négociées sur le NYSE, le Nasdaq ou l’AMEX. La période étudiée s’étend de janvier 2007 à décembre 2020.

Quels sont les avantages du beta carbone par rapport aux données traditionnelles sur les émissions de carbone ?

J.H. : « D’après nous, le beta carbone est un outil de gestion du risque climatique. En termes d’avantages par rapport aux données sur les émissions de carbone, le beta carbone intègre des informations de marché actuelles (il n’y a pas de décalage de deux ans) ainsi que les attentes du marché, ce qui en fait une mesure plus réelle et peut-être même plus prospective. Le beta carbone offre une couverture étendue, puisque les données du marché sont disponibles pour pratiquement toutes les sociétés cotées, mais aussi une grande transparence, puisqu’il ne dépend pas des publications d’informations volontaires. Son plus grand atout est peut-être le fait qu’il identifie non seulement les entreprises vulnérables (retardataires) en matière de transition vers une économie à faible émission de carbone, mais aussi celles qui ont le potentiel d’en bénéficier (leaders). C’est un pronostic que les données génériques sur les émissions sont incapables de faire. »

Quelle est l’implication la plus pratique de votre étude ?

D.L. : Les conclusions de nos travaux sur le beta carbone et l’innovation verte nous permettent de tirer quelques enseignements pertinents. Conformément aux recherches précédentes2, nous confirmons dans notre article que l’innovation verte est principalement portée par les secteurs de l’énergie et des matériaux. Dans ces deux secteurs, les entreprises les plus innovantes ont des betas carbones plus faibles, bien qu’elles n’aient pas nécessairement des émissions de carbone ou des intensités d’émissions déclarées moins élevées. En d’autres termes, les investisseurs ne devraient pas se séparer tout bonnement de ces entreprises à fortes émissions de carbone, car ces « innovateurs verts » sont essentiels à la transition énergétique. Au contraire, la détention de ce type d’entreprises permet vraisemblablement de réduire le risque climatique d’un portefeuille. »

« Nous constatons que certaines entreprises qui semblent « propres » au regard du faible niveau de leurs émissions déclarées ont en réalité un beta carbone élevé. Par exemple, certaines petites entreprises qui fournissent des services au secteur pétrolier et gazier n’ont pas d’activités à forte émission de carbone, mais elles sont économiquement vulnérables à une transition vers une économie à faible émission de carbone. En revanche, certaines entreprises considérées comme « très polluantes » sur la base de leurs niveaux élevés d’émissions déclarées ont en fait un beta carbone faible car elles sont mieux préparées à la transition. Cela peut être dû à leur recherche active de technologies vertes. Un exemple qui illustre bien ce cas est celui d’une multinationale américaine qui produit de l’électricité. Bien qu’elle se classe dans le top 5 des émetteurs de gaz à effet de serre de notre échantillon, elle est également l’un des trois premiers émetteurs de brevets verts. Son beta carbone est donc un des plus faibles du secteur industriel. »

Que va faire Robeco avec ces conclusions ?

J.H. : « En collaboration avec notre stratégiste climat, Lucian Peppelenbos, nous cherchons à savoir actuellement si le beta carbone peut fonctionner comme un indicateur de plus au sein de la boîte à outils d’analyse climatique de Robeco afin de mesurer le risque climatique. Nous pensons que le beta carbone complète la boîte à outils actuelle, car il fournit des informations sur le risque lié au carbone qui surpassent les données traditionnelles relatives aux émissions de carbone. En effet, le beta carbone contient des informations prospectives, alors que les données relatives aux émissions de carbone sont rétrospectives par nature. Nous pensons également que le beta carbone peut être un indicateur utile pour mesurer les risques climatiques d’un portefeuille. Alors que les mesures de la valeur exposée au risque climatique sont basées sur des modèles complexes et opaques, le beta carbone est un indicateur plus intuitif, plus transparent et plus simple. Nous étudierons donc également la possibilité de l’intégrer aux stratégies d’investissement de Robeco en tant que mesure de contrôle du risque climatique. »

1 Huij, J., Laurs, D., Stork, P. A., and Zwinkels, R. C. J., November 2021, “Carbon beta: a market-based measure of climate risk“, SSRN working paper.
2 Cohen, L., Gurun, U. G., and Nguyen, Q., January 2021, “The ESG-innovation disconnect: evidence from green patenting”, SSRN working paper.


  Background to sustainability metrics

In defining sustainability, investors have a multitude of dimensions and metrics they could consider. For example:

  • Values-based exclusions
  • ESG integration
  • Impact investing

ESG scores typically put more focus on the operations of a business, whereas SDG scores also incorporate the impact that the business' products and/or services have on society.

We see client sustainability objectives increasingly moving towards avoiding controversial businesses (values-based exclusions) and including those that provide sustainable solutions (impact investing). In the first few articles of our Indices Insights series, we will empirically show how the different sustainability metrics (negative screening/exclusions, ESG, SDG) relate to the increasingly impact-oriented client sustainability objectives.

 

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