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« Nous sommes à la veille d’une transformation très positive »

« Nous sommes à la veille d’une transformation très positive »

18-12-2018 | Interview

Avec quelle rapidité l’investissement durable deviendra-t-il la norme ? Bertrand Badré est ancien directeur général de la Banque mondiale et fondateur de la société Blue like an Orange Sustainable Capital, qui finance des projets durables dans les pays émergents. Nous avons évoqué avec lui les enjeux du développement durable, le rôle que peut jouer le secteur privé, et les principales idées présentées dans le livre qu’il a récemment rédigé sur ce thème.

  • Yann Morell Y Alcover
    Yann
    Morell Y Alcover
    Investment Writer

Points clés

  • Les secteurs public et privé doivent aborder la durabilité main dans la main
  • Des billions de dollars sont nécessaires pour financer le développement durable
  • L’argent des investisseurs doit être alloué différemment à l’échelle mondiale

La principale thèse de votre livre est que la finance peut servir le « bien commun ». Pouvez-vous expliquer ce que vous entendez par « bien commun » et quel est le rapport avec les concepts tels que l’investissement durable et les critères ESG ?

« La question du bien commun est compliquée. C’est un concept relativement occidental. J’ai discuté avec des Chinois et il n’existe aucun équivalent dans leur culture : l’harmonie ou la paix est ce qui s’en rapproche le plus. Je pense que nous pouvons définir le bien commun comme le développement harmonieux de nos sociétés c’est-à-dire, dans le nouveau jargon international, le développement durable. En d’autres termes, c’est un modèle de développement qui respecte la rémunération non seulement du capital financier mais aussi du capital humain, du capital social et sociétal, et du capital naturel. »

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Dans votre ouvrage, vous expliquez que le secteur privé a un rôle important à jouer dans ce contexte. Or, une grande partie du livre est consacrée au secteur public, notamment aux banques multilatérales de développement (BMD). Que peut donc faire le secteur privé exactement ?

« Vous avez raison. C’est probablement parce que j’ai travaillé plusieurs années pour ces institutions multilatérales, jusqu’à récemment. Je pense que les BMD sont précieuses, mais que nous pourrions aller bien plus loin avec elles. C’est une nécessité, en fait. Et c’est là que le secteur privé devrait entrer en jeu. Il y a quelques années, j’ai coordonné la publication d’un rapport de la Banque mondiale1 sur les ressources nécessaires pour atteindre les Objectifs de développement durable (ODD) des Nations Unies. Je voulais que ce rapport ne dépasse pas 20 pages, qu’il soit écrit dans un anglais simple et qu’il ait un titre accrocheur.

Plus important, il devait fournir des ordres de grandeur concrets. Car quand il s’agit d’argent, les gens ont souvent du mal à se rendre compte des chiffres. Dès qu’un montant dépasse quelques centaines de millions, ou même un milliard, ils ont tendance à dire que c’est beaucoup. Le titre "From Billions to Trillions" que nous avons choisi tente de souligner une disparité : alors que nous disposons d’une économie de mondiale de 100 000 milliards de dollars, seuls 250 ou 350 milliards de dollars ("billions") sont disponibles pour financer le développement durable. Les besoins réels font l’objet de multiples estimations, mais globalement, ils se comptent en milliers de milliards de dollars ("trillions"). L’écart est considérable, d’où ce titre. Comment combler cette différence ? La réponse est assez simple : c’est une opération mathématique de base.

Une partie de la différence sera comblée par les ressources locales, à savoir l’épargne et la fiscalité. Mais ce ne sera probablement pas suffisant. Une partie de l’argent devra peut-être provenir de l’épargne privée étrangère. Malheureusement, ce type de ressource financière parvient rarement aux projets durables dans les pays en développement et émergents. Je suis donc profondément convaincu (et j’insiste sur ce point dans mon livre) que les institutions publiques de développement ont un rôle à jouer pour aider les investisseurs privés, elles doivent les prendre par la main pour ainsi dire. Les BMD doivent comprendre que s’il est important pour elles de financer des opérations de développement, il est probablement encore plus important qu’elles mobilisent des ressources. »

Il est évident que les fonds sont mal alloués.

En gardant cela à l’esprit, quel rôle peuvent jouer les gérants d’actifs ?

« Pour moi, cette question concerne l’un de nos plus grands défis aujourd’hui : comment allouer les ressources à l’échelle mondiale. Nous n’avons jamais détenu autant d’argent sous forme d’épargne et en gestion pour compte de tiers. Les gérants d’actifs n’ont jamais été aussi nombreux, de même que les grands investisseurs, notamment les grands fonds de pension et les fonds souverains. Et pourtant, une part significative de cet argent est investie dans de la dette qui offre des taux d’intérêt faibles, voire négatifs. Il est évident que les fonds sont mal alloués.

L’argent doit être alloué différemment, à l’aide de la réglementation et d’incitations, en utilisant les mécanismes de l’économie de marché. La demande des clients finaux pousse clairement dans cette direction. De toute évidence, la quantité d’argent injecté dans ces types de projet sera faible au départ. Mais nous devons nous assurer qu’avec le temps, ces montants atteindront les milliers de milliards que j’ai évoqués précédemment. Sinon, l’actuelle crise des réfugiés pourrait n’être qu’un avant-goût de l’avenir. »

Cela signifie-t-il que tous les gérants d’actifs n’auront d’autre choix que d’adopter l’investissement durable ?

« Sur un horizon de 20-30 ans, cela me semble indiscutable. Mais ne soyons pas naïfs, cela ne se produira pas du jour au lendemain. Les gens doivent s’y habituer – ils devront tester l’investissement durable et se rendre compte qu’il fonctionne réellement. Nous aurons besoin d’élaborer de nouveaux produits et de nouveaux écosystèmes à une échelle plus industrielle. Nous aurons également besoin de nouveaux types d’agences de notation qui se spécialisent dans l’évaluation des risques de durabilité. Je pense que c’est une tâche qui attend le prochain cycle de marché. »

Nous en sommes toujours à un stade très précoce, mais nous observons déjà des disparités majeures dans la qualité de ce qui est proposé par les gérants d’actifs en matière de durabilité. L’enthousiasme est grand mais les approches rigoureuses peu nombreuses. Qu’en pensez-vous ?

« Je ne suis pas vraiment surpris. Nous sommes à la veille d’une transformation très positive, il est donc relativement normal que les choses soient un peu floues. Nous observons l’apparition d’une multitude de nouveaux concepts que les gens ne comprennent pas toujours, qu’il s’agisse des critères ESG, des PRI ou de l’impact investing. Dans le même temps, nous devons faire attention à ne pas nous réveiller avec la gueule de bois dans cinq ans en pensant que nous avons subi un lavage de cerveau. L’agitation actuelle devra cesser à un moment ou un autre, et les régulateurs devront donner le ton. »

Les régulateurs devront donc entrer en jeu ?

« Oui bien sûr. C’est ainsi que se passent les choses normalement. Je n’ai rien contre la créativité, mais cette créativité ne doit pas être malhonnête. »

Cet article est un extrait d'un texte plus long publié dans notre magazine Robeco Quarterly. Lisez l’intégralité de l’article « Nous sommes à la veille d’une transformation très positive ».

1Voir : « From Billions to Trillions: Transforming Development Finance », rapport conjointement préparé par la Banque africaine de développement, la Banque asiatique de développement, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement , la Banque européenne d’investissement, la Banque interaméricaine de développement, le Fonds monétaire international et le Groupe de la Banque mondiale pour la réunion du Comité de développement du 18 avril 2015.

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