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Éviter un Brexit dur arrive en tête de l'agenda de l'UE

Éviter un Brexit dur arrive en tête de l'agenda de l'UE

13-12-2017 | Vision

Selon l'économiste en chef de Robeco, Léon Cornelissen, éviter un Brexit dur reste la priorité absolue, à l'heure où les dirigeants de l'UE se réunissent pour discuter de l'avancement du processus.

  • Léon  Cornelissen
    Léon
    Cornelissen
    Chief Economist

Points clés

  • Après avoir surmonté trois points de friction, l'attention se porte sur un futur accord commercial
  • Les négociations pourraient être centrées sur l'adoption des modèles canadien ou norvégien
  • Une période de transition est une illusion et personne n'en connaît l'issue
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La question du Brexit arrive en tête de l'ordre du jour du sommet européen, qui se tient à Bruxelles les 14 et 15 décembre, alors que le Royaume-Uni espère encore conserver un accès au marché unique européen jusqu'à parvenir à un accord commercial définitif.

Cette rencontre fait suite à un accord provisoire convenu entre la Première ministre britannique, Theresa May, et les négociateurs de l'UE, visant à surmonter les trois obstacles majeurs à une sortie de l'Union européenne. Le Royaume-Uni a accepté certaines conditions, dont celles de reconnaître le statut des ressortissants européens et des expatriés britanniques, d'éviter une frontière « dure » entre l'Irlande du Nord et la République d'Irlande, et de régler la facture du divorce désormais estimée à environ 50 milliards d'euros.

Néanmoins, il reste encore beaucoup à faire pour que l'économie britannique puisse attirer et retenir les investissements, selon Léon Cornelissen. Il faudra en outre définir les contours d'un futur accord commercial basé sur un modèle ressemblant soit au modèle canadien, soit au modèle norvégien. Le gouvernement britannique a été soucieux de stopper le phénomène du Brexodus, qui consiste à ce que les entreprises britanniques quittent le Royaume-Uni pour s'installer dans d’autres pays jugés plus sûrs, au sein du marché unique.

« L'accord qui a été convenu jusque-là réussit principalement à prévenir l'aggravation d'un Brexodus pour l'an prochain, alors que les entreprises commençaient à paniquer. Le risque d'un Brexit dur a maintenant été réduit », déclare Léon Cornelissen.

De grandes concessions

Le Royaume-Uni a fait d'importantes concessions. Ainsi, le pays restera membre du marché intérieur dans les années à venir. Après mars 2019, il n'aura toutefois plus son mot à dire sur les règles de l'UE. Cela signifie que le Royaume-Uni continuera à suivre le programme appliqué par l'Union européenne pendant encore de nombreuses années, ce qui n'est pas une mauvaise chose d'un point de vue économique. Néanmoins, ceci n'offrant aucune garantie à long terme, l'impact négatif sur les investissements étrangers au Royaume-Uni se fera encore sentir.

Selon Léon Cornelissen, les principaux points de friction ont été surmontés et l'attention va se porter sur le type de modèle d'accord commercial qui sera recherché par le Royaume-Uni. « Il semble qu'il n'y ait que deux issues possibles – l'accord de style canadien ou celui de style norvégien – et chacune présente des inconvénients. » Le modèle canadien couvre essentiellement le commerce physique et non les services, et le Royaume-Uni est bien entendu une économie de services.

Il aurait pour principal avantage de ne pas nécessiter la libre circulation des personnes et s’ajuste, de ce fait, plus à la notion de « reprendre le contrôle » – même s'il est difficile d'imaginer comment cela pourrait correspondre avec l'idée d'une frontière ouverte avec l'Irlande. Le modèle canadien comporte un autre avantage. Le Royaume-Uni ne ferait plus partie du marché unique, ni de l'union douanière. Il n'aurait par conséquent plus à payer aucune contribution à l'Union européenne.

Le modèle norvégien sera-t-il refusé catégoriquement ou le modèle canadien pourra-t-il finalement être accepté ?

Le ministre britannique chargé du Brexit, David Davis, a déclaré que le Royaume-Uni visera un accord de type « Canada-plus-plus-plus » mais il est peu probable que l'un de ces « plus » puisse être significatif. Les négociations britanniques seront hantées par la clause de la nation la plus favorisée prévue par les règles de l'OMC. En effet, tout avantage supplémentaire concédé au Royaume-Uni devrait également être accordé à d'autres partenaires commerciaux. Il y a donc peu de chances qu'un accord de type « Canada-plus-plus-plus » soit envisageable.

Le modèle norvégien implique pour sa part le maintien d'une adhésion au marché unique, ce qui serait évidemment l'issue la plus favorable d'un point de vue économique, puisque le Royaume-Uni continuerait les échanges commerciaux avec l'UE sans aucune friction. L'inconvénient est que le Royaume-Uni devrait accepter les règles de l'Union européenne, ainsi que la libre circulation des personnes. Par ailleurs, la Norvège paie à l'UE une contribution qui est par habitant supérieure à celle que paie actuellement le Royaume-Uni.

Au cœur d'un dilemme

Alors, quelle est la meilleure – ou la moins pire – des solutions pour le Royaume-Uni ? Selon Léon Cornelissen, le Royaume-Uni est confronté à un dilemme. Le gouvernement britannique actuel préfèrerait bien entendu le modèle canadien. En effet, il n'aurait pas à accepter la libre circulation des personnes ni à contribuer au budget de l'UE. Mais une telle issue serait catastrophique pour la City de Londres et aurait des conséquences désastreuses pour l'économie britannique.

En réalité, le modèle norvégien serait la meilleure solution, à la fois pour l'Union européenne et le Royaume-Uni. Cela présente cependant une difficulté sur le plan politique, car le Royaume-Uni deviendrait un État vassal de l'UE. Cela reviendrait pour ainsi dire à ce que le pays reste au sein de l'Union européenne sans avoir son mot à dire et à ce qu'il ne concrétise pas réellement un Brexit.

« Il est certain que n'importe quel accord sera toujours meilleur que de pas avoir d'accord du tout », déclare Léon Cornelissen. Une récente étude réalisée par Rand Corporation prédit qu'un Brexit sans accord coûterait à l'économie du Royaume-Uni 105 milliards de livres sterling sur une période de 10 ans, lui ferait perdre 4,7 % de son PIB et entraînerait plusieurs années de récession.

Une phase de transition incertaine

Entre-temps, personne ne sait combien de temps durera un éventuel accord de transition. « À quel moment cette transition se termine-t-elle ? », s’interroge Léon Cornelissen. Selon lui, le Royaume-Uni veut la limiter à une durée de deux ans, mais pour la plupart des experts, il s'agit là d'une illusion. Il serait possible de s'accorder sur une période de deux ans, qui pourrait ensuite être prolongée et finalement transformée en une période de durée indéterminée.

Décembre 2020 serait un moment plus naturel pour une sortie puisque c'est la date à laquelle le budget actuel de l'UE fixé pour plusieurs années doit prendre fin. Après cette date, il sera nécessaire de négocier avec le Royaume-Uni en ce qui concerne de nouvelles contributions. Mais même cette période, qui n'est que de 22 mois à partir de la date de sortie fixée pour mars 2019, pourrait ne pas être assez longue.

Il ne faut pas non plus oublier que pendant cette période de transition, le Royaume-Uni ne devra pas seulement se plier aux règles actuelles de l'UE, mais qu'il devra en outre adopter toutes les nouvelles règles. Il faudra par ailleurs disposer d'une législation de transition qui devra être acceptée par le parlement britannique, où Theresa May dispose d'une majorité étroite, avec au moins 40 fermes opposants à l'UE du parti conservateur. Il reste donc à se demander si un tel accord de transition est réellement possible, ce qui demeure un risque.

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