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Blockchain : impact exagéré à court terme, mais sous-estimé dans la durée

Blockchain : impact exagéré à court terme, mais sous-estimé dans la durée

20-06-2016 | Vision

L’« administration 3.0 » née de la blockchain va changer la donne dans le monde de la finance. Pourtant, les banques, les assureurs et les gérants d’actifs n’ont pas à craindre un bouleversement total. Patrick Lemmens et Jeroen van Oerle se penchent sur l’impact potentiel de la blockchain et expliquent aux investisseurs comment surfer sur cette tendance.

  • Jeroen van Oerle
    Jeroen
    van Oerle
    Portfolio Manager
  • Patrick  Lemmens
    Patrick
    Lemmens
    Portfolio Manager

Points clés

  • La blockchain devrait être une évolution plutôt qu’une révolution
  • Les institutions financières aux procédures administratives chères, chronophages et intensives en main-d’œuvre sont sur la sellette
  • La blockchain n’est pas pertinente pour tout le secteur financier

« Reprenons nos esprits » : voici un conseil avisé en matière de blockchain. « C’est une technologie très prometteuse, qui pourrait véritablement rebattre les cartes dans le secteur financier. Mais la blockchain devrait être une évolution plutôt qu’une révolution. Elle devrait être source d’innovation plutôt que de destruction », estime Patrick Lemmens, gérant de portefeuille de Robeco New World Financial Equities, un fonds qui investit dans les tendances du secteur financier.

À l’heure actuelle, les fonds de capital-investissement et de capital-risque déversent des sommes d’argent non négligeables dans la blockchain, qui fait par ailleurs la une des médias. Pour Jeroen van Oerle, analyste spécialisé dans les tendances, il s'agit d'un effet de mode. « Même si l’impact à court terme est exagéré, je pense que la blockchain s’inscrira dans la durée et qu’il ne faut pas sous-estimer ses répercussions à long terme. »

Patrick Lemmens et Jeroen van Oerle sont les auteurs d’une étude intitulée Distributed ledger technology for the financial industry. Blockchain administration 3.0. Ils y étudient le rôle que la blockchain pourrait jouer au sein des banques, compagnies d’assurance et sociétés de gestion d’actifs. Leur objectif est de mettre ce phénomène en perspective, à l’heure où les technologies financières en général, et la blockchain en particulier, font l’objet de toutes les attentions.

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Administration 3.0

La blockchain est la technologie sur laquelle repose la monnaie numérique virtuelle Bitcoin, mais elle possède d’autres applications. Il s’agit de l’un des exemples d’une innovation baptisée « technologie des registres distribués » (distributed ledger technology), que l’on pourrait comparer à un registre dans lequel des transactions et des titres de propriété sont répertoriés. En règle générale, un registre numérique est une base de données centrale fermée, avec un accès restreint.

Toutefois, dans le cas de la blockchain, la base de données est décentralisée et ouverte : l’historique des transactions est accessible à tous et la base peut être mise à jour. Le registre est disponible en ligne, ce qui signifie que les utilisateurs peuvent y accéder directement, sans passer par l’intermédiaire d’une banque. En outre, les données ne sont plus stockées en seul point, mais réparties sur Internet. Autre caractéristique de la blockchain : il est possible d’ajouter des informations, mais impossible d’en supprimer.

Pour Jeroen van Oerle, la technologie des registres distribués a donné naissance à l’« administration 3.0 ». L’administration 1.0 correspond à l’époque des registres papier, à laquelle a succédé l’administration 2.0, avec l’adoption des registres numériques. Nous entrons désormais dans une troisième ère, celle des registres décentralisés et distribués. Selon lui, la décentralisation est extrêmement importante et se traduira par une accélération de l’efficacité et de l’innovation.

Des inefficiences, sources de profits rapides

Pour Patrick Lemmens et Jeroen van Oerle, il est encore trop tôt pour désigner les gagnants et les perdants de cette tendance. « Aujourd’hui, une myriade d’entreprises sont impliquées dans les technologies financières et la blockchain : le mieux à faire est donc d’attendre de voir lesquelles survivent et lesquelles disparaissent », explique Patrick Lemmens.

Selon Jeroen van Oerle, la blockchain menacera une partie des procédures et modèles économiques des banques, compagnies d’assurance et sociétés de gestion d’actifs. « Les institutions financières dont les procédures administratives sont chères, chronophages et intensives en main-d’œuvre sont sur la sellette si elles ignorent la blockchain, car c’est là que des succès faciles sont possibles. Les procédures et intermédiaires sans valeur ajoutée disparaîtront. »

Pour les banques, ces « succès rapides » pourraient notamment concerner les transferts internationaux. « Les paiements transfrontaliers ne sont pas encore très efficaces. La blockchain peut simplifier le transfert d’instructions et de fonds et en augmenter la rapidité », explique-t-il. Au niveau de la gestion d’actifs, la concurrence devrait, selon lui, faire rage entre opérateurs boursiers et dépositaires, qui lutteront pour devenir le centre de validation des transactions de la blockchain. Il s’agit de l’entité en qui tous les acteurs doivent avoir confiance, car c’est celle qui confirme que les actifs sous-jacents de la transaction (actions, immobilier ou diamants) existent bel et bien et qui vérifie à qui ils appartiennent.

Patrick Lemmens estime que, dans le secteur de l’assurance, la mise en œuvre de la blockchain sera moins rapide et ses succès, plus éloignés dans le temps. Selon lui, les exemples les plus évidents sont surtout les produits à structures de paiement simples et programmables (par exemple l’assurance contre les retards de vols ou les impacts d'événements météorologiques). En tant qu’investisseur, il se méfie des assureurs qui ne proposent que des produits simples et faciles à numériser.

Pour lui, la blockchain n’est pas pertinente dans tout le secteur financier. « La blockchain n’est pas adaptée aux transactions qui doivent être instantanées, comme par exemple les paiements. Les réseaux et procédures de Visa et MasterCard sont bien plus rapides que la blockchain dans ce domaine. »

Espoir d’IPO « raisonnables »

En tant qu’investisseur, Patrick Lemmens cherche à identifier les institutions financières qui pourraient être menacées par la blockchain, mais aussi les banques, assurances et gérants d’actifs qui s’intéressent d’ores et déjà à ces évolutions. R3CEV est en un bon exemple : il s’agit d’un consortium réunissant actuellement 42 banques qui travaillent sur des applications liées à la blockchain. Les banques présentes dans le portefeuille de Robeco New World Financial Equities, notamment ING, BBVA et Nordea, doivent toutes appartenir à ce groupe, car cela signifie qu’elles font partie des fers de lance.

Pour son portefeuille, Patrick Lemmens investit également dans les sociétés qui développent des technologies numériques pour le secteur financier. Ici encore, il faut distinguer les entreprises qui sont menacées et celles qui saisissent les opportunités. Il est difficile de savoir si les services de sociétés technologiques « anciennes » telles qu’IBM, Accenture ou Cognizant seront encore nécessaires dans le « monde de la blockchain », ou si ces entreprises parviendront à adapter leur modèle économique à temps pour concurrencer les « nouvelles » sociétés technologiques qui travaillent sur leurs propres applications blockchain.

Pour un gérant de fonds, il n’est pas si simple d’investir dans la blockchain à l’heure actuelle, car les entreprises du secteur sont souvent de taille modeste et ne sont pas encore cotées en bourse. Cela dit, Patrick Lemmens n’a pas particulièrement hâte que ces entreprises fassent leur entrée sur le marché. « Ce que je voudrais, c’est une introduction en bourse « raisonnable », qui concerne une entreprise qui a fait ses preuves, traversé un cycle économique complet et généré des bénéfices. Mais j’ai peur que les éventuelles cotations fassent l’objet d’une frénésie encore plus importante que la blockchain elle-même. Je crains qu’il s’agisse d’entreprises qui ne fassent pas encore de profits et dont le cours sera trop élevé pour une initiative qui doit encore faire ses preuves.»

Une technologie immature

L’effervescence que suscite la blockchain donne l’impression que la technologie des registres distribués est prête à être utilisée. Or, c’est tout à fait le contraire, selon Jeroen van Oerle. La blockchain n’est pas totalement au point et de nombreux éléments doivent encore être testés. Pour lui, il existe deux aspects importants à ne surtout pas perdre de vue en matière de progrès de la blockchain : les questions juridiques et réglementaires, ainsi que les problèmes techniques.

« Pour les institutions financières, en toute logique, l'investissement dans la blockchain est la prochaine étape »

Le secteur financier est habitué à la multiplication des lois et réglementations. Il faudra toutefois plusieurs années avant que les régulateurs fassent pleinement confiance à cette nouvelle technologie. Les acteurs qui l’utilisent devront se mettre d’accord sur des normes. Sur ce point, les banques sont plus avancées que les gérants d’actifs. Il n'a aucun doute sur le fait que les problèmes techniques seront résolus. Selon lui, ce n'est qu'une question de temps. Pour les institutions financières, en toute logique, l’investissement dans la blockchain est la prochaine étape.

Étude sur la blockchain

Si vous voulez en savoir plus sur la blockchain, comment elle fonctionne, quel est son impact sur les banques, les compagnies d’assurance et les sociétés de gestion d’actifs, la situation actuelle et les problèmes techniques à résoudre, nous vous recommandons l'étude intitulée Distributed ledger technology for the financial industry. Blockchain administration 3.0. Cette vidéo propose de plus amples informations sur le phénomène blockchain.

Vous pouvez également consulter la page d’information de Robeco New World Financial Equities.
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