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« Actifs bloqués » : un obstacle insurmontable pour les compagnies pétrolières ?

« Actifs bloqués » : un obstacle insurmontable pour les compagnies pétrolières ?

29-10-2015 | Vision

Les « actifs bloqués » vont-ils asséner un coup mortel aux compagnies pétrolières ? D'après notre analyste Dirk Hoozemans, « nous n'en sommes pas encore là ! »

  • Dirk  Hoozemans
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    Hoozemans
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Points clés

  • La banque centrale britannique avertit les investisseurs du risque de « pertes potentiellement significatives »
  • Le charbon cède du terrain à l'inverse du gaz dans la mix énergétique.
  • Les grandes compagnies pétrolières tirent profit de la force innovante de petits acteurs de niche.

Tous les observateurs du secteur pétrolier connaissent forcément le terme « actifs bloqués ». Il s'agit d'actifs figurant aux bilans des entreprises et qui perdent rapidement de leur valeur à la suite de dépréciations contraintes et forcées. Ce phénomène affecte essentiellement les sociétés d'exploration et celles du secteur des services aux collectivités dont les activités traditionnelles d'exploration et de production d'énergie subissent des pressions en raison des réglementations en matière de protection de l'environnement. Il y a quelques semaines, le gouverneur canadien de la Banque d’Angleterre Mark Carney a averti des pertes potentiellement significatives que pourraient subir les investisseurs si les majors pétrolières étaient contraintes de déprécier leurs réserves de pétrole, de gaz ou de charbon.

Tel est le prix que les investisseurs devront payer sans le savoir afin de contribuer à la lutte contre le changement climatique. Ces pertes pourraient également s'étendre aux investisseurs qui s'estiment être en dehors de la zone à risque alors que les compagnies pétrolières sont fortement pondérées dans les nombreux indices actions. De quelque manière que ce soit, environ 19 % des entreprises qui constituent l'indice FTSE 100 sont d'une certaine manière actives au sein du secteur de l'énergie.

L'analyste de Robeco du secteur de l'énergie Dirk Hoozemans aborde cette question de manière pragmatique. « Dans le cas des actifs bloqués, il convient de distinguer les immobilisations corporelles qui sont dépréciées pour des raisons économiques et celles qui sont pénalisées pour des raisons climatiques. Nous pourrions croire que ces deux évolutions vont de pair, de la même manière que les entreprises qui polluent le plus devraient être les moins rentables. Mais ce n'est certainement pas toujours le cas. » Après avoir fermé ses centrales nucléaires, l'Allemagne a consommé davantage de charbon afin de produire de l'électricité. Or le charbon est certes plus rentable que le gaz, mais il est moins propre. Mais cela s'applique aux huiles de goudron qui polluent davantage et dont les marges sont inférieures à celle du pétrole classique. « Le charbon est la matière première la plus polluante, mais également le carburant le moins cher, raison pour laquelle il restera utilisé dans un futur proche. Aux États-Unis, le charbon sert à produire environ 50 % de l'électricité, et il ne faut pas s'attendre à ce que cette part de marché fonde comme neige au soleil dans un horizon d'un à deux ans. Or nous tenons à noter qu'en Chine, ce pourcentage est nettement plus élevé. »

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Le roi charbon

Dirk Hoozemans estime que les dépréciations auxquelles fait référence M. Carney n'auront pas un impact si négatif que cela. « Vous faites figurer les réserves au bilan seulement si vous avez pris une décision d'investissement ». Il existe trois catégories de réserves dans le secteur de l'énergie : les réserves prouvées, probables et possibles. Seule la première catégorie figure dans les actifs du bilan et elle peut faire l'objet de dépréciations qui ont ensuite un impact sur la valeur et le cours de l'action de la société.

Bien entendu, le mix énergétique subit des changements. Après la précédente évolution du charbon au profit de l'hydrogène, nous sommes actuellement témoins d'une transition du pétrole vers le gaz. « Le gaz occupe une place de plus en plus importante dans la palette énergétique, le roi charbon est mort », souligne Dirk Hoozemans. « Il apparaît même clairement qu'en Chine le gaz gagne du terrain par rapport au charbon. Par ailleurs, le coût des énergies renouvelables (énergie solaire et éolienne) diminue tandis que leur efficacité augmente. Dans certaines régions du monde (Californie, Arizona, Hawaï), les énergies renouvelables font déjà concurrence aux catégories d'énergie traditionnelles. En Allemagne cependant, où le soleil brille moins, les investissements dans l'énergie solaire reste fortement dépendants de l'attribution de subventions. »

L'avantage des énergies solaire et éolienne est bien entendu que le coût de leurs intrants est nul. Mais le vent ne souffle pas tout le temps et le soleil ne brille pas toujours. Et lorsqu'il brille, c'est souvent en milieu de journée alors que la consommation d'énergie atteint son pic en soirée. Il est donc nécessaire de disposer de capacités de stockage et de distribution de cette énergie. Or les technologies actuelles de stockage ne sont pas suffisamment développées. Par ailleurs, la progression des véhicules électriques sera confrontée aux problèmes liés aux infrastructures que cette technologie nécessite.

Une impasse ?

Dans ses perspectives à long terme pour le secteur de l'énergie, Dirk Hoozemans table sur « une baisse des cours du charbon, une stabilité des cours du pétrole et une hausse des cours du gaz ». Mais le marché est devenu plus complexe que jamais. « Politique et marché ; intérêts environnementaux et économiques. Innovation technologique. Les entreprises les plus attractives aux yeux des investisseurs sont celles qui conjuguent croissance rentable et trésorerie stable générées par de grands projets qui s'appuient sur des contrats de long terme. »

'Les petites entreprises sont un lieu d'innovation - les discussions ont lieu autour d’un babyfoot dans un bureau discret situé quelque part dans le monde'

D Dans ce contexte, les majors pétrolières ont-elles encore un avenir ? Dirk Hoozemans est optimiste à ce sujet. « Il ne faut pas vous attendre à des innovations technologiques de la part de Shell, Total et consorts. Ces entreprises ont tellement investi dans l'extraction traditionnelle de matières premières qu'elles ne vont pas jeter l'éponge dans l'immédiat. » Cela ne signifie pas pour autant qu'elles risquent de se retrouver dans une impasse. « Les petites entreprises sont un lieu d'innovation - les discussions ont lieu autour d’un babyfoot dans un bureau discret situé quelque part dans le monde. Mais les grands acteurs tels que Shell peuvent facilement acquérir des technologies innovantes une fois entrés dans une phase plus avancée de maturité. Shell dispose également d'un portefeuille gaz naturel liquéfié (GNL) attractif et jouit d'une croissance de ses projets en eaux profondes au large des côtes du Brésil, soit une base solide pour distribuer un dividende élevé. »

D Le pétrole et le gaz continueront encore un certain temps de satisfaire nos besoins essentiels en énergie. Par ailleurs, Dirk Hoozemans ne pense pas que les compagnies énergétiques seront victimes du changement climatique à moyen terme. « Et en adoptant la bonne stratégie, elles peuvent même jouer un rôle dans ce nouvel environnement. Le secteur de l'énergie ne va pas capituler aussi facilement. Leur évolution se fera de manière progressive. » Et les principaux acteurs réalisent même qu'ils devront vivre avec leur temps.

Source: The Atlantic

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