Comme indiqué précédemment, notre troisième Journée annuelle de l’inflation a été l’occasion pour nos trois invités de souligner l’importance de la psychologie des ménages et des entreprises, considérée comme un risque crucial en matière de spirales prix-salaires. Ils ont également évoqué la psychologie des banques centrales qui, après avoir sous-estimé l’inflation pendant presque deux ans, semblent actuellement hésiter à imposer une politique monétaire basée sur les futures prévisions d’inflation (c’est-à-dire prospectives), préférant utiliser les tendances actuelles de l’inflation sous-jacente (c’est-à-dire légèrement rétrospectives).
Concernant la psychologie des analystes, le point de vue « plus d’inflation sous-jacente pendant plus longtemps » semble faire largement consensus. Néanmoins, alors que nous évaluons les pour et les contre de la situation présentée ci-dessus, nous attribuons une probabilité légèrement plus importante à un scénario dans lequel une inflation générale et une croissance économique plus faibles, combinées à un nouveau resserrement monétaire, parviendront, dans de nombreuses économies, à orienter l’inflation générale vers les objectifs cibles d’ici à la fin de l’année. Une chose est sûre, c’est que les différences régionales devraient rester importantes, et certaines régions (Europe de l’Est) et pays (Royaume-Uni) seront probablement à la traîne dans ce processus, ou auront des difficultés à générer suffisamment de pression sur l’inflation sous-jacente (Chine).
Quant aux perspectives d’inflation sur un horizon à long terme (plutôt que cyclique), pour lesquelles les moteurs tels que la productivité, le vieillissement, le numérique, la robotisation et l’intelligence artificielle, et les chaînes de valeur mondiales ont été considérés comme les plus importants, nous restons modestes (car nous faisons partie de ceux qui avaient sous-estimé la menace inflationniste il y a deux ans). En outre, il convient de noter que l’incertitude quant à la trajectoire de l’inflation américaine dans les cinq années à venir, selon le marché des options, n’a jamais été aussi élevée depuis 10 ans. Cela dit, quand on compare les spreads prospectifs entre les rendements des obligations à long terme classiques et les obligations adossées à l’inflation dans la zone euro (presque 2,80 %), et l’objectif d’inflation de la BCE de 2 %, nous ne pouvons nous empêcher de penser que les marchés financiers se sont peut-être un peu précipités en adoptant un régime durable d’inflation accrue. En effet, l’inflation extrapolée pourrait également jouer un rôle pour les investisseurs.