
Comment les actions peuvent encore tirer leur épingle du jeu malgré la hausse des taux obligataires
La hausse des taux des obligations d’État conduit certains investisseurs à s’interroger sur l’intérêt de prendre des risques sur les marchés actions. Pourtant, la solidité des bénéfices des entreprises reste un puissant moteur de la progression des actions, affirme Colin Graham, investisseur Multi-actifs.
Résumé
- Les bons du Trésor américain de référence, notés AAA, offrent désormais un rendement supérieur à 5 %
- La solidité des bénéfices des entreprises peut encore tirer les actions vers le haut
- Le parallèle avec 2022 ne tient pas tant que l’inflation reste maîtrisée
Les taux des principaux marchés de la dette souveraine, notamment aux États-Unis et en France, ont atteint jusqu’à 5,26 %,1 leur plus haut niveau depuis 2022, lorsque la flambée de l’inflation, alimentée par l’essor des dépenses post-Covid et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avait ébranlé le marché obligataire.
Face à des taux aussi élevés sur des obligations d’État notées AAA, pourquoi les investisseurs prendraient-ils le risque de perdre du capital sur des marchés actions proches de leurs sommets, portés par un essor de l’IA qui pourrait ne pas durer ? La réponse est moins évidente qu’il n’y paraît, estime Colin Graham, responsable de l’équipe Multi-actifs chez Robeco.
« Pendant des années, les investisseurs ont joué une partition bien connue : les obligations offraient de maigres rendements, si bien que les actions semblaient être la seule option, selon le célèbre principe TINA : “There Is No Alternative”, (il n’y a pas d'autre choix). Mais depuis quelque temps, une nouvelle mélodie résonne sur le marché obligataire, et elle est plutôt séduisante. »
Pourquoi risquer l’argent durement gagné en Bourse alors que vous pouvez obtenir un rendement garanti de 5 % sans prendre de risque ?
« Alors que le taux des bons du Trésor américain à 10 ans avoisine le niveau remarquable de 5,26 %, les obligations d’État sûres semblent murmurer aux investisseurs : “Pourquoi risquer l’argent durement gagné en Bourse alors que vous pouvez obtenir un rendement garanti de 5 % sans prendre de risque ?” »
« C’est le chant classique des sirènes que sont les taux obligataires élevés. Dans la mythologie grecque, les marins s’attachaient au mât de leur navire pour résister au chant envoûtant des sirènes, créatures à tête de femme et à corps d’oiseau dont la musique attirait les navigateurs vers une mort certaine. Aujourd’hui, les investisseurs se demandent : nos portefeuilles d’actions sauront-ils résister à cette tentation, ou nous dirigeons-nous droit vers les récifs ? »
Graphique 1 : Évolution des taux obligataires aux États-Unis, en Allemagne et au Japon

Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La valeur de vos investissements peut fluctuer.
Source : Robeco, Bloomberg, octobre 2026.
Une situation bien différente de celle de 2022
La réalité est pourtant différente, grâce à la solidité des bénéfices des entreprises, qui soutient la poursuite du rally des marchés actions, et parce que les anticipations d’inflation qui avaient déstabilisé le marché obligataire en 2022 ne se sont pas ravivées, explique Colin Graham.
« Un taux de 5 % ne sonne certainement pas le glas du marché actions », affirme-t-il. « Lorsque les taux obligataires bondissent, selon le raisonnement traditionnel de Wall Street, les actions devraient s’effondrer. Des taux plus élevés signifient un coût d’emprunt et un taux d’actualisation plus élevés pour les bénéfices futurs, ce qui réduit mécaniquement les valorisations des actions. »
« Toutefois, des modèles avancés, comme l’analyse des flux de trésorerie actualisés, révèlent un retournement surprenant : une hausse de 100 points de base, soit un point de pourcentage entier, du coût d’emprunt a étonnamment peu d’effet négatif direct sur la plupart des grands marchés actions, même si elle peut avoir un effet spectaculaire sur les indices de petites capitalisations. Il avait fallu une hausse des taux de 200 pb pour créer les conditions du krach de 1987, au cours duquel les actions avaient chuté de 25 %. »
« Le véritable danger ne tient pas seulement au coût de la dette, mais aussi à la concurrence pour attirer les capitaux. Si les obligations sûres notées AAA rapportent entre 5 % et 6 %, les investisseurs exigent une prime de risque actions plus élevée pour justifier la détention de titres volatils. Une hausse, même légère, du rendement exigé peut comprimer les multiples de valorisation des actions, à moins que les bénéfices des entreprises n’augmentent assez vite pour compenser cet effet. La plupart des investisseurs conviendront qu’une hausse de 100 pb des taux obligataires ne réduit guère l’écart avec la croissance des bénéfices. »
Global Bonds DH EUR
- performance ytd (30-9)
- -4,41%
- Performance 3y (30-9)
- 1,24%
- morningstar (30-9)
- SFDR (30-9)
- Article 8
- Paiement de dividendes (30-9)
- No
Une inflation structurellement différente
Colin Graham souligne qu’il importe aussi de distinguer la situation actuelle de celle de 2022, lors de la dernière forte hausse des taux.
« Si le choc inflationniste de 2022 vous donne encore des cauchemars, respirez profondément », conseille-t-il. « Nous insistons sur le fait que l’inflation actuelle est structurellement très différente de celle de 2022.
Premièrement, le choc de demande a disparu : la frénésie de dépenses post-Covid et les mesures de relance budgétaire massives qui avaient alimenté les craintes inflationnistes en 2022 se sont estompées. Aujourd’hui, l’inflation est principalement due à des pressions sur l’offre, comme le conflit au Moyen-Orient, et non à une demande des consommateurs incontrôlée. »
Les données récentes sur la hausse des salaires et des prix en témoignent. L’indicateur Wage Growth Tracker de la Fed d’Atlanta est revenu à 4,1 % en août 2026, contre 6,7 % quatre ans plus tôt, tandis que l’indice des prix à la consommation sous-jacent, hors alimentation et énergie, dont les prix sont plus volatils, s’établissait à 2,4 %, son plus bas niveau depuis la pandémie. L’inflation globale est plus élevée, à 3,4 %, en raison de la hausse des coûts de l’énergie.
Le moteur qui soutient les actions
Le puissant moteur qui permet aux actions de tenir bon et de rester intéressantes malgré l’attrait des taux élevés est simple : les bénéfices des entreprises atteignent des niveaux « exceptionnels », explique Colin Graham.
« Historiquement, une forte hausse des taux obligataires allait de pair avec de faibles performances des entreprises », indique-t-il. « Aujourd’hui, en revanche, les bénéfices des entreprises américaines sur les douze derniers mois affichent une solide croissance de 28 % en glissement annuel. En bref, la puissance des bénéfices des entreprises l’emporte sur l’effet négatif de taux d’actualisation plus élevés. »
Selon les récentes Perspectives à cinq ans de Robeco, les actions des marchés développés et émergents continueront d’offrir les meilleures performances dans les années à venir.2 Les actions des marchés développés devraient afficher une performance annualisée de 7,0 % en euros, dépassant nettement les 3,25 % attendus pour les obligations d’État nationales malgré la récente hausse des taux.
La mer des sirènes pourrait être plus agitée
Selon Colin Graham, les actions peuvent donc continuer de progresser tant que les anticipations d’inflation ne s’envolent pas. Cela suppose que les pressions salariales restent bien maîtrisées et que la croissance des bénéfices dépasse la hausse du coût du capital.
« Dans l’ensemble, la mer pourrait être un peu plus agitée avec des taux obligataires à 5 %, et un profil de risque privilégiant une forte croissance pourrait accorder davantage de place aux obligations. Toutefois, les solides bénéfices des entreprises continuent de faire avancer le navire : pour l’heure, les actions ont encore la voie libre. »
Notes de bas de age
1 Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. La valeur de vos investissements peut fluctuer.
2 Les performances attendues ne préjugent pas des performances futures. La valeur de vos investissements peut fluctuer. Les scénarios présentés sont une estimation des performances futures fondée sur l'évolution historique de la valeur de cet investissement, et/ou des conditions actuelles du marché et ne constituent pas un indicateur exact. Votre résultat variera en fonction de l’évolution du marché et de la durée de conservation de l’investissement/du produit.
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