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Le défi lié au réchauffement climatique

Lutter contre le changement climatique n’est pas facile. Cela signifie mettre fin au statu quo, inventer de nouvelles technologies et réduire les émissions responsables du réchauffement planétaire. En bref, travailler ensemble pour la même cause vitale.

  • 58%

    des investisseurs européens considèrent le manque de données comme le principal obstacle à la mise en œuvre de la décarbonation.
  • 54%

    des investisseurs asiatiques estiment que le manque de stratégies et de produits adaptés constitue l’une des principales difficultés.
  • 45%

    des investisseurs nord-américains indiquent le manque d’expertise interne et une demande insuffisante de la part des investisseurs finaux.


Source : Decarbonization study 2021

« Le prix du carbone devrait passer des 2 dollars la tonne actuels à 100 dollars en 2030 »

La vraie difficulté est de s’assurer que nous allons tous dans la bonne direction

En matière de lutte contre le réchauffement climatique, l’une des plus grandes difficultés est de s’entendre sur les actions à mener. Il est essentiel de reconnaître que nous avons tous un rôle à jouer, et d’accepter d’agir collectivement si nous voulons avoir un impact sur le monde réel.

Selon Lucian Peppelenbos, stratégiste climat chez Robeco, les capitaux d’investissement sont absolument cruciaux en la matière, mais l’économie réelle doit être guidée par les bonnes incitations pour permettre au secteur financier d’avancer lui aussi.

    • Les incitations sont essentielles pour engager toutes les parties prenantes vers un changement positif
    • Fini d’accuser les autres, nous devons assumer notre responsabilité individuelle et collective
    • Nous ne pouvons pas construire un portefeuille neutre en carbone si l’économie réelle n’évolue pas dans la même direction

    Ces incitations doivent concerner le plus grand nombre. « Pour assurer la décarbonation de l’économie réelle, il est nécessaire d’établir des cadres politiques et de s’assurer que les consommateurs et les technologies ont un rôle à jouer. Tous ces éléments forment un puzzle. En tant qu’investisseurs, il est crucial pour nous de réorienter les capitaux vers une économie circulaire, verte et décarbonée. Mais nous dépendons aussi beaucoup des autres pièces du puzzle. Je pense qu’il s’agit là de la vraie difficulté. »

    Les gouvernements jouent un rôle essentiel dans la mise en place d’incitations efficaces. À commencer par l’instauration de dispositifs adéquats de tarification du carbone, et par leur prise en compte dans les décisions économiques, afin que les investisseurs et les consommateurs puissent anticiper le véritable coût de leurs actions.

  • Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour trouver les bonnes incitations. À l’heure actuelle, seules 20 % environ des émissions mondiales sont soumises à une tarification, via divers dispositifs. Mais la plupart du temps, le prix du carbone est trop bas, ce qui signifie que les incitations ne parviennent pas à changer les comportements. Dans différents mécanismes de tarification du carbone, le prix moyen pondéré des émissions par tonne est en effet estimé à 2 dollars (selon la Banque mondiale). Or, les calculs montrent que ce prix devrait atteindre 50 dollars d’ici la fin 2021 et 100 dollars d’ici 2030 pour nous placer sur la trajectoire de limitation du réchauffement climatique à 1,5 °C.

    Dans les régions où la tarification est plus réaliste, les comportements ont clairement évolué. En Europe par exemple, le prix du carbone est actuellement compris entre 30 et 35 euros. « Cela accélère vraiment l’abandon progressif du charbon et favorise l’innovation dans l’industrie, car les solutions bas carbone commencent à faire sens sur le plan commercial », observe Lucian Peppelenbos.

  • Ouvrir la voie vers le changement

    Selon lui, l’autre rôle clé des gouvernements est de clarifier les objectifs à long terme. « À un moment, ils devront fixer des limites claires, tant pour les émissions que pour les normes techniques, afin que le marché puisse faire son travail. »

    Il cite l’exemple du gouvernement néerlandais qui a annoncé, il y a plusieurs années, qu’à partir de janvier 2023 tous les immeubles commerciaux devront afficher un diagnostic énergétique minimum de C pour pouvoir être vendus ou loués. « Résultat, tous les biens immobiliers concernés sont actuellement rénovés ou retirés du marché. L’industrie a disposé de plusieurs années pour s’adapter et cela a bien fonctionné. »

    Autre exemple, l’interdiction dans de nombreux pays européens de vendre des véhicules non électriques d’ici 2030, une décision qui stimule considérablement l’innovation dans l’industrie automobile. « La clarification des objectifs à long terme et les incitations obligent l’industrie à se mettre au vert. Elle a alors le temps de s’adapter, tandis que les exigences sont raisonnables et conformes à la direction que nous devons prendre. Tout cela aide aussi les gens à cibler leurs efforts et stimule l’innovation. »

  • Penser (et consommer) différemment

    Pour s’assurer que nous nous engageons tous dans la transition, il est essentiel de reconnaître que nos actions et choix individuels influencent les résultats globaux. Il est facile d’accuser les entreprises qui produisent des produits émetteurs de carbone, mais nous devons aussi réfléchir au rôle des comportements de consommation.

    « Pendant très longtemps, nous nous sommes concentrés sur l’industrie du pétrole et du gaz, en l’accusant d’être responsable des problèmes climatiques. Certes, sa responsabilité est considérable, mais nous oublions souvent que cette industrie cherche du pétrole en notre nom. Tant qu’il nous semblera normal de prendre l’avion cinq fois par an pour partir en vacances, de manger beaucoup de viande et de jeter nos vêtements au bout de quelques mois, nos comportements constitueront une grande partie du problème. »

    Pour changer tout cela, l’offre et la demande doivent évoluer. « Cependant, je réfute l’argument selon lequel les consommateurs déterminent seuls leurs propres comportements. Pour danser, il faut être deux. Les entreprises jouent aussi un rôle important dans les choix des consommateurs. »

  • Les moteurs juridiques du changement

    L’évolution du système judiciaire contribue à accélérer les choses. De plus en plus de gouvernements ou d’entreprises sont attaqués en justice pour les conséquences de leurs actions sur le climat. En France et aux Pays-Bas, par exemple, l’État a été poursuivi pour son inaction en matière de climat et son incapacité à protéger les citoyens. « L’augmentation du nombre de procès crée une jurisprudence qui favorisera et accélérera la transition vers une économie bas carbone. »

  • Les opportunités d’investissement sont en phase avec les progrès dans l’économie réelle

    L’ampleur et le rythme des progrès de l’économie réelle détermineront les risques et opportunités d’investissement. « Bien que les investisseurs soient tournés vers l’avenir et assument un rôle de leader en signalant au marché quelle direction il doit prendre, l’économie réelle fixe des limites quant aux secteurs dans lesquels ces opportunités d’investissement peuvent se développer. Nous ne pouvons pas viser un portefeuille neutre en carbone si l’économie réelle ne va pas dans la même direction », affirme Lucian Peppelenbos.

    Aligner tous ces éléments exige que chacun assume ses responsabilités. « Blâmer l’industrie pétrolière, les gouvernements ou le système financier est peut-être justifié, mais cette approche est totalement inadéquate aujourd’hui, parce que nous sommes tous confrontés au même défi et à la même responsabilité. »

    De plus, nous ne pouvons pas attendre que toutes les pièces du puzzle soient assemblées pour passer à l’étape suivante. « Désormais, tout un chacun doit assumer ce rôle. Ce dont le monde a besoin aujourd’hui, c’est un leadership partagé. »

L’investissement climatique n’est pas qu’une simple mode

Lucian Peppelenbos (stratégiste climat) et Carola van Lamoen (responsable de l’investissement durable) examinent le réchauffement climatique et l’investissement climatique sous tous les angles. Écoutez la bande-annonce ou l’intégralité du podcast (25 minutes).

Le dilemme des données

Limiter le réchauffement climatique signifie qu’il faut réduire les émissions de gaz à effet de serre. C’est un fait. Mais les investisseurs ont du mal à obtenir les données nécessaires pour suivre l’évolution et le rythme de réduction des émissions responsables du réchauffement climatique.
  • L’ampleur du problème devient évidente lorsque l’on essaie de déterminer l’origine des émissions. Pour mieux connaître leur provenance, celles-ci sont classées en trois catégories ou « scopes » (scopes 1, 2 et 3). La catégorie 1 correspond aux émissions directement produites par les entreprises, la catégorie 2 aux émissions liées à la consommation d’électricité ou de chauffage nécessaire aux activités de production, et la catégorie 3 regroupe les émissions produites par l’ensemble de la chaîne de valeur, y compris par l’utilisateur final durant tout le cycle de vie d’un produit.

    Mais il ne s’agit pas uniquement d’additionner des tonnes de mètres cubes de gaz à effet de serre – en supposant même que l’on puisse accéder à cette information. Par définition, toute donnée acquise est historique, ce qui pose trois grands problèmes.

  • Les données sont par nature rétrospectives

    « L’un des problèmes fondamentaux en matière de données carbone est qu’elles concernent le passé, avec un décalage d’environ deux ans. Si nous examinons aujourd’hui les empreintes carbone, nous nous référons en réalité à l’année 2019 », explique Thijs Markwat, spécialiste des données climatiques chez Robeco.

    « Cela signifie que ces données n’indiquent pas si une entreprise est prête pour la transition. Nous avons donc besoin d’indicateurs plus prospectifs. L’empreinte carbone d’aujourd’hui ne dit pas si une entreprise va décarboner demain. »

  • La rivalité des fournisseurs

    Le deuxième problème n’est pas que les données sont insuffisantes, mais qu’elles proviennent de sources multiples et redondantes, souvent contradictoires. « Les données relatives aux émissions de catégorie 1 et 2 sont assez faciles à obtenir, mais concernant leur ampleur, il n’y a quasiment pas de corrélation entre les différents fournisseurs », commente Thijs Markwat. « Le vrai problème est que ces données ne sont pas mesurées mais seulement modélisées, c’est-à-dire estimées. »

    En outre, les catégories ne nous disent pas tout. Par exemple, si un constructeur automobile génère relativement peu d’émissions de catégorie 1 et 2 lorsqu’il fabrique une voiture à essence, l’utilisateur, lui, va consommer du carburant pendant des années et produire beaucoup de gaz d’échappement, donc des émissions de catégorie 3.

    Les difficultés liées aux données ne doivent cependant pas nous empêcher d’agir. « Le manque de données sert d’excuse à certains pour éviter de prendre le taureau par les cornes », confie Thijs Markwat. « Nous devons faire attention à ne pas considérer ce problème comme un problème de données ; il s’agit davantage d’une difficulté d’analyse liée aux données elles-mêmes. Nous savons quels sont les secteurs très émetteurs, et nous pouvons donc agir dessus. »

  • Numérateur vs dénominateur

    Le troisième problème concerne le choix des indicateurs à utiliser, l’approche actuelle étant largement basée sur la quantité, alors qu’elle devrait également être qualitative. « L’empreinte carbone constitue le numérateur, mais il ne faut pas oublier le dénominateur », avance Thijs Markwat.

    « Est-ce que l’on examine l’empreinte carbone d’une entreprise par rapport à son chiffre d’affaires ou à sa valeur d’entreprise ? Ces aspects font une différence colossale lorsque la législation n’exige pas la même chose d’un pays ou d’une région à l’autre. Il est donc nécessaire d’adopter une approche plus ciblée. »

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La tarification du carbone n’est pas assez développée pour faire la différence

La tarification du carbone est souvent considérée comme une solution pour réduire les émissions, car il s’agit d’un coût direct pour les principaux émetteurs. Mais faute d’être adoptée à l’échelle mondiale, elle est loin de faire la différence, tandis que les prix du carbone sont actuellement bien trop bas.
  • Dans sa forme la plus simple, la tarification du carbone est une taxe sur la quantité de carbone émis (par tonne), généralement prélevée par l’État. La Suède affiche la taxe carbone la plus élevée au monde, à savoir environ 120 dollars par tonne d’équivalent de CO2, selon le rapport « State and Trends of Carbon Pricing 2020 » du Groupe de la Banque mondiale.

    Les dispositifs de compensation (« cap and trade ») sont un autre moyen de réduire les émissions. Ils permettent d’échanger des quotas carbone avec d’autres émetteurs, en respectant des plafonds fixés par les autorités. En la matière, le système d’échange de quotas d’émission (SEQE) de l’Union européenne est l’un des dispositifs les plus complets.

  • Le prix du carbone y fluctue selon l’offre et la demande de quotas, et il est actuellement d’environ 33 euros par tonne d’équivalent de CO2.

    Mais le plus souvent, soit les pays ne disposent pas d’un système de taxe carbone ou d’échange de quotas, soit celui-ci est sous-exploité et n’a aucun effet dissuasif. Fin 2020, seuls 61 systèmes de tarification du carbone sont en place ou prévus dans le monde, sous forme de système d’échange (dans 31 pays) ou de taxe carbone (dans 30 pays), estime le Groupe de la Banque mondiale. Cela représente 12 gigatonnes d’équivalent de dioxyde de carbone, soit seulement 22 % des émissions mondiales de gaz à effet serre, contre 20 % en 2019.

État et tendances de la tarification du carbone

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Source: Worldbank, 2019

Des prix trop bas

  • Par ailleurs, les prix du carbone restent nettement inférieurs à ce qu’ils devraient être pour constituer une incitation à respecter les objectifs de l’Accord de Paris. En 2017, la Commission de haut niveau sur les prix du carbone estimait que le prix mondial du carbone devrait atteindre 40-80 dollars par tonne d’équivalent CO2 d’ici 2020 et 500-100 dollars d’ici 2030 pour limiter la hausse du réchauffement planétaire à 2 °C. Or, le prix moyen dans le monde est actuellement de 2 dollars par tonne d’équivalent CO2, selon le FMI.

    « À l’échelle mondiale, 22 % seulement du carbone est actuellement tarifé, ce qui est très insuffisant », déplore Lucian Peppelenbos, stratégiste climat.

  • « Et le prix moyen de 2 dollars la tonne est on ne peut plus ridicule.

    Toutefois, des signes montrent qu’il finit par être pris plus au sérieux ces derniers temps. En Europe, le prix du carbone est actuellement de 33 euros par tonne d’équivalent CO2, un niveau à partir duquel il commence vraiment à influencer les comportements économiques. À ce prix, nous observons déjà que le gaz remplace le charbon dans la production d’électricité, et cela stimule les innovations bas carbone dans l’industrie. »

Être pris plus au sérieux

  • La question est davantage prise au sérieux dans l’Union européenne, celle-ci s’étant engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 dans son pacte vert pour l’Europe. Son premier objectif est de réduire de 55 % les émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport aux niveaux des années 1990. Pour cela, un mécanisme d’ajustement carbone aux frontières est en cours d’élaboration, afin de créer des règles équitables et de protéger les industries européennes contre les importations bon marché à forte intensité de carbone.

    « Le SEQE constitue le pilier de la politique climatique de l’UE », note Lucian Peppelenbos. « Pour atteindre son objectif de réduction de 55 % d’ici 2030, l’UE sait que les quotas de carbone devront devenir plus rares, ce qui fera grimper le prix de la tonne de CO2, tandis que la taxe carbone aux frontières modifierait la donne au niveau mondial. »

  • Comparaison avec les taxes sur les carburants

    Des prix plus élevés et la taxe aux frontières sont peut-être une bonne chose pour le climat, mais ne vont-ils pas pénaliser l’économie ? Une façon de rendre les choses plus acceptables pour ceux qui doivent payer ces taxes est de les comparer à la fiscalité des carburants. « Si l’on prend le montant moyen des taxes sur le gasoil en Europe, il équivaudrait à un prix carbone d’environ 300 dollars par tonne », explique Lucian Peppelenbos.

    « Or, cette taxation n’a pas empêché l’industrie automobile européenne d’être compétitive, ni les consommateurs d’acheter ou de conduire des voitures. En revanche, elle a contribué à la fabrication de voitures beaucoup plus efficientes en Europe par rapport à la moyenne mondiale.

    Cela montre qu’il est possible d’introduire des prix plus élevés sans détruire l’industrie automobile ou le pouvoir d’achat des consommateurs. Il faut juste le faire de manière intelligente, sans que cela ne constitue une menace. »

« Les systèmes de tarification du carbone ne couvrent que 20 % des émissions mondiales »

Lucian Peppelenbos – stratégiste climat

Décarbonation des portefeuilles d’investissement : réflexions, défis et mises en garde

Le réchauffement climatique est le problème, la neutralité carbone l’objectif et la décarbonation le moyen. Mais y a-t-il des obstacles à franchir ? Masja Zandbergen, responsable de l’intégration de la durabilité chez Robeco, présente les difficultés pouvant ralentir les investisseurs qui veulent décarboner leurs portefeuilles et contribuer à la neutralité carbone, ainsi que quelques mises en garde.

Que signifie exactement décarboner un portefeuille ?

  • « Pour faire simple, il s’agit de réduire l’intensité carbone du portefeuille en y incluant des entreprises peu émettrices ou qui se sont engagées de manière crédible à réduire leurs émissions. Comme pour les performances financières du portefeuille, les progrès en la matière doivent être mesurés en continu par rapport à un indicateur de référence. Sinon, les émissions déclarées ont une valeur informative faible.

  • Ce point de référence peut être l’ensemble du marché, en prenant par exemple les émissions d’un indice mondial, ou être un indicateur interne tel qu’un repère dans le temps à l’aune duquel les progrès en glissement annuel du portefeuille sont mesurés. La quantité d’émissions n’a pas d’importance, ce qui compte est que vous commenciez à les mesurer. »

Ne serait-il pas plus simple de désinvestir des gros émetteurs ?

  • « Oui, si les données déclarées par les entreprises étaient complètes, mais dans la mesure où la majorité des émissions générées sont exclues des chiffres publiés, la véritable performance est sous-estimée. Actuellement, les entreprises déclarent, et les investisseurs calculent, les émissions générées par les processus de production (émissions de Scope 1) et l’électricité utilisée pour alimenter ces processus (Scope 2). Mais elles ne déclarent pas les émissions générées plus loin dans la chaîne d’approvisionnement par les utilisateurs de leurs produits. Les producteurs de gaz et de pétrole ont une empreinte carbone élevée dans la phase de production mais cela ne représente que 20 % des émissions totales. Les 80 % restants sont générées lorsque le pétrole est consommé par les utilisateurs (Scope 3). »

  • « Les compagnies pétrolières et gazières ne sont pas les seules dans ce cas : dans l’ensemble de l’économie, les émissions de Scope 3 sont sous-estimées. De nombreuses sociétés agroalimentaires, par exemple, affichent en amont des empreintes opérationnelles relativement faibles, mais génèrent beaucoup d’émissions non prises en compte, issues de la déforestation ou des engrais dans d’autres parties de leur chaîne d’approvisionnement. Les données relatives à l’ensemble d’une chaîne d’approvisionnement ne sont pas encore calculées, publiées ou même envisagées par la plupart des investisseurs (voir figure 1). »

Figure 1 | Les émissions de Scope 3 sont sous-représentées dans les données alors qu’elles constituent la majorité des émissions totales des sociétés cotées.

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Source : Robeco, Trucost
Le graphique présente l’intensité carbone moyenne pondérée (WACI) annuelle des valeurs composant l’indice MSCI All World AC. Les données sont basées sur les émissions annuelles moyennes communiquées par les entreprises pour l’année 2019. La WACI mesure l’intensité carbone (émissions de Scope 1+2+3 / valeur d’entreprise incluant la trésorerie en millions de dollars) pour chaque société en portefeuille, multipliée par sa pondération dans le portefeuille.

Comment cela affecte-t-il les efforts de décarbonation des portefeuilles des investisseurs ?

  • « Cela peut se traduire par une sous-estimation ou une surestimation des émissions de certaines entreprises et certains secteurs. De nombreux fournisseurs de solutions « vertes et vertueuses » génèrent paradoxalement beaucoup d’émissions carbone si l’on ne tient compte que des émissions passées. Par exemple, les éoliennes, les voitures électriques et l’hydrogène sont trois technologies propres, mais leur avantage en termes de réduction carbone se situe en aval de la chaîne d’approvisionnement, durant la phase d’utilisation.

  • Dans la mesure où elles peuvent nécessiter d’utiliser de l’acier pour fabriquer des pièces détachées, ou de l’électricité produite par un grand réseau régional à forte intensité carbone, leurs émissions de Scope 1 et 2 peuvent rester élevées. Ce qui signifie que leur potentiel de décarbonation n’est pas pleinement réalisé dans les portefeuilles. Une capacité de prévision est nécessaire pour contrer cet effet. »

Que fait Robeco face à ce dilemme ?

  • « Nos stratégies de décarbonation les plus avancées tiennent compte des émissions de Scope 3. Pour les autres stratégies, nous utilisons nos techniques propriétaires et des systèmes de modélisation externes pour générer les meilleures estimations concernant les émissions futures. Pour cela, nous cartographions pour chaque secteur les trajectoires de transition vers la neutralité carbone, à l’aide de technologies existantes ou naissantes. Outre les émissions de Scope 3, nous intégrons d’autres types de données prospectives pour évaluer l’état de préparation des entreprises au changement climatique et leurs futures performances corrigées des effets climatiques. Quelles entreprises ont des plans stratégiques qui incitent à passer à des technologies et des business models bas carbone ?

  • Comment vont-elles bénéficier et tirer parti de la transition vers la neutralité carbone ? Lesquelles sont suffisamment solides sur le plan financier pour entreprendre les investissements nécessaires à la transition ? »

    « L’objectif ultime est de s’assurer que les portefeuilles des clients résistent au réchauffement climatique en réduisant leur exposition aux risques carbone et en veillant à ce qu’ils soient prêts à affronter ces changements. Il s’agit d’une responsabilité bien plus complexe qui nécessite de prendre en compte beaucoup plus de choses que le simple fait de comparer les réductions d’émissions d’un portefeuille par rapport à un indicateur de référence. »

En quoi la décarbonation d’un portefeuille diffère-t-elle de l’intégration ESG ?

  • « L’intégration ESG apporte plus d’informations dans un large éventail de facteurs de risque sociaux, économiques, de gouvernance et environnementaux. Elle peut être associée à une analyse financière afin d’évaluer de manière plus précise les risques futurs, de prévoir les performances financières et de prendre des décisions d’investissement plus éclairées. »

  • « La décarbonation, en revanche, est souvent entreprise pour réduire les risques climatiques et pour lutter contre le réchauffement climatique. Un investisseur qui décide de décarboner son portefeuille ne le fait pas toujours pour des raisons purement financières. Souvent il est motivé par une envie d’investir dans des entreprises qui ont un impact positif en ne contribuant pas au réchauffement climatique et aux dégâts environnementaux. »

Comment la décarbonation d’un portefeuille s’inscrit-elle dans le contexte plus large de décarbonation des économies ?

  • « L’économie croît là où les capitaux affluent, ce qui signifie qu’investir dans les entreprises déjà bien engagées dans la réduction de leurs émissions et délaisser celles qui sont à la traîne permet d’accélérer la transition vers une économie mondiale zéro carbone. Cela dit, vendre les titres d’une entreprise très émettrice n’a pas d’effet immédiat sur l’économie réelle. Pour avoir un impact sur le monde réel, il est nécessaire qu’un grand nombre d’investisseurs « votent avec leurs pieds » et refusent de détenir les titres émis par les gros pollueurs. Cela finira par augmenter leurs coûts de financement et accélérer le changement. »

  • « Toutefois, quelques mises en garde sont nécessaires. D’une part, refuser des financements lésera les entreprises qui veulent entreprendre la transition mais qui ont besoin de capitaux pour ce faire. D’autre part, certaines sociétés très émettrices sont si bien dotées en liquidités qu’elles n’ont pas besoin d’argent frais. Dans ce cas, le boycott risque de ne pas avoir beaucoup d’effet. Pour autant, même les entreprises disposant d’une importante trésorerie tiennent à leur réputation, de sorte que si les investisseurs les délaissent, c’est un message d’alerte rouge qu’ils envoient à la direction. »

Quels autres outils peuvent utiliser les investisseurs pour accélérer la transition mondiale ?

  • « Les investisseurs doivent également utiliser l’engagement actif et leur droit de vote pour exercer leur influence sur la direction d’une entreprise. Dans la mesure où les émissions de carbone concernent des économies entières et qu’elles exigent des changements structurels majeurs, les actions d’engagement doivent être mises en place non seulement auprès des entreprises mais aussi au niveau des pays.

  • Robeco a récemment commencé à engager le dialogue avec des dirigeants de pays afin de les aider à comprendre les effets cumulés des politiques carbone contradictoires à l’échelle nationale. Il est en effet contre-productif de forcer des industries à décarboner tout en permettant à d’autres d’abattre des forêts ou de protéger les secteurs les plus émetteurs à l’aide de subventions. Les dirigeants des pays doivent également comprendre que les politiques nationales de décarbonation affecteront leur capacité à attirer des entreprises mondiales, des investissements étrangers et des financements via leurs obligations souveraines. »

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