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Qu’est-ce qui mettra fin à l'aversion au risque sur les marchés?

Qu’est-ce qui mettra fin à l'aversion au risque sur les marchés?

30-07-2018 | Billet

Alors que la plupart des cartes distribuées restent les mêmes, la crainte s'est invitée à la table des joueurs. Il y a trois mois, nous avions commencé à observer sur les marchés des actions internationales des signes d'anxiété liée aux menaces de guerre commerciale du Président Trump et au durcissement de ton de la Fed. Pourtant, les fondamentaux étaient encore solides, de même que la croissance des bénéfices à quelques exceptions près. Un trimestre plus tard, nous sommes entrés en territoire d'aversion au risque.

  • Fabiana Fedeli
    Fabiana
    Fedeli
    Global Head of Fundamental Equities, Portfolio Manager Emerging Markets

Points clés

  • Les conflits commerciaux font augmenter la volatilité sur les marchés développés
  • Le sentiment s'est affaibli sur les marchés émergents
  • La question majeure est : qu’adviendra-t-il des conflits commerciaux ?

Nous observons actuellement tous les signes évidents d'une aversion au risque : les marchés développés recommencent à surperformer les marchés émergents et les États-Unis règnent en maître sur les marchés développés. Inutile de dire que sur les marchés actions, la qualité surperforme la valeur. 

Alors, qu'est-ce qui a changé ? En fait, pas grand-chose d'un point de vue des fondamentaux : le cycle de croissance mondiale est toujours en amélioration, les bénéfices affichent encore une belle progression (prévisions d'environ 15 % sur l'année tant pour les marchés développés qu'émergents) et même les chiffres du commerce restent solides. Néanmoins, alors que la plupart des cartes distribuées restent les mêmes, la crainte s'est invitée à la table des joueurs. 

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Une « tempête parfaite » de menaces potentielles

Attention, je ne veux pas dire que les marchés n'ont pas de bonnes raisons d'avoir des craintes, au contraire. Une « tempête parfaite » de menaces potentielles se profile à l'horizon : un durcissement de ton de la Fed, hostilités commerciales et inquiétudes géopolitiques prolongées (notamment sur les marchés émergents et en Europe). Si aucune de ces menaces ne pourrait en soi freiner le cycle de croissance mondiale, réunies et poussées à l'extrême, elles pourraient néanmoins radicalement changer la donne. Un dollar fort, un effondrement des devises dans des pays présentant un creusement du déficit de comptes courants et un faible profil de crédit, de même qu'un début de retournement des indices PMI sont plus les symptômes que les causes de ces mêmes craintes.

N'oublions pas qu'un cycle de resserrement de la Fed n'est pas en soi négatif pour les marchés actions, tant qu'il répond à des améliorations de l'économie mondiale (pensez par exemple à la période 2004 - 2006). Toutefois, un resserrement plus marqué visant à endiguer des pressions inflationnistes non accompagnées d'une amélioration des perspectives de croissance devrait avoir un impact négatif. Le principal problème est alors que si les conflits commerciaux actuels venaient à se transformer en une véritable guerre commerciale, nous nous retrouverions en présence d'un resserrement guidé par l'inflation aux États-Unis en même temps que le cycle de croissance mondiale se dégrade de la pire manière. 

La question majeure est ce qu'il adviendra des conflits commerciaux, notamment entre la Chine et les États-Unis. Nous venons juste d'assister aux premières augmentations des tarifs douaniers sur 34 milliards de dollars de marchandises importées imposés des deux côtés. D'un point de vue fondamental, cela n'a que peu d'impact sur chacun des pays, représentant moins de 0,3 % du PIB actuel de la Chine et facilement compensé par des mesures de relance. Une augmentation concernant 16 milliards de dollars supplémentaires est envisagée et sera probablement bientôt mise en pratique. Si ces chiffres restent encore assez faibles, ce qui va se passer par la suite sera crucial. Selon nous, les enjeux étant élevés pour les deux pays, des négociations sont probables, mais ce processus ne sera pas simple. Les Présidents Xi et Trump devraient maintenir une position ferme : Xi Jinping afin de mener des réformes strictes et Donald Trump pour aider son parti à essayer de remporter les élections de mi-mandat. 

Que se passera-t-il si nous nous trompons ? Et si les négociations se soldent par un échec et que Donald Trump impose des hausses de tarifs douaniers sur 200 milliards de dollars supplémentaires d'importations chinoises ? La Chine pourrait alors riposter par des mesures à l'encontre des entreprises américaines qui investissent dans ce pays. Comme nous l'avons indiqué dans nos dernières perspectives trimestrielles sur l'investissement fondamental actions, il n'en reste pas moins que nous devons faire attention aux risques. Si toutes les négociations venaient à échouer et qu'une véritable guerre commerciale éclatait, les marchés actions subiraient un double coup dur. D'une part, les résultats des entreprises importatrices et exportatrices (en fonction de leur nationalité) pâtiraient des droits de douane. D'autre part, les pressions inflationnistes pourraient augmenter aux États-Unis, ce qui pourrait amener la Fed à relever les taux pour brider l'inflation, et non pour accompagner l'amélioration de la croissance économique — sa motivation principale à ce jour.

Soit la guerre commerciale aura lieu, soit elle n'aura pas lieu

L'issue sera binaire, comme c'est souvent le cas. Soit la guerre commerciale se produira, soit elle ne se produira pas. Étant donné le sentiment actuel, des nouvelles positives sur le plan des conflits commerciaux seraient susceptibles de provoquer un rallye. Combien de temps cela prendra et quelle sera la volatilité à laquelle il faudra faire face pendant ce temps devra être mis en balance avec notre budget de risque. Nous sommes devenus moins optimistes en ce qui concerne les marchés développés. À moins d'avoir des nouvelles positives sur le plan des conflits commerciaux, la volatilité devrait rester élevée étant donné que le marché intègre les risques accrus d'une intensification des conflits en même temps qu'un déclin du soutien des banques centrales est prévu. 

Sur les marchés émergents, le sentiment s'est affaibli. Ils font en effet l'objet de sorties de capitaux depuis mai et les spreads des obligations émergentes se sont élargis. Désormais, la plupart des investisseurs mondiaux attendront de voir ce qui se passe sur le plan commercial, ainsi qu'en matière de volatilité des devises émergentes.

Il ne faut toutefois pas se faire d’illusions : même si la Chine et les États-Unis parviennent à un accord mettant fin aux conflits commerciaux, les deux pays devraient encore être en désaccord dans les années à venir. Les relations sur le plan politique et économique entre la Chine et les États-Unis ont considérablement changé, et il ne serait pas réaliste de s'attendre à ce que ces deux pays deviennent à jamais les meilleurs amis du monde au cours des dix prochaines années. 

S'habituer aux désaccords entre les États-Unis et la Chine

Lorsque le 24 mai 2000, la Chambre des représentants américaine a voté pour accorder à la Chine le statut de relations commerciales normales permanentes (soutenant ainsi concrètement la demande de Pékin de rejoindre l'Organisation mondiale du commerce), ses membres ne savaient franchement pas ce qui les attendait. À cette époque, les élites politiques américaines pensaient que tant que la Chine s'intégrait davantage au système commercial mondial, son économie aurait tendance à se libéraliser, sous-entendant que le contrôle de l'État diminuerait et que la Chine se rapprocherait idéologiquement du monde occidental. Au lieu de cela, la consolidation du pouvoir du Président Xi a montré qu'alors que la force due à la taille du pays et à sa puissance dans le monde avait augmenté, son idéologie ne s'est pas rapprochée de celle des États-Unis et ne montre aucun signe que cela va se produire. Les stratégies dites « One Belt One Road » (OBOR) et « Made in China 2025 » sont considérées par les États-Unis comme une volonté de la Chine de remettre en cause l'ordre mondial établi sur les plans politiques et économiques. Par conséquent, les problèmes entre les deux pays ne seront pas résolus par des négociations sur les frictions commerciales actuelles. Ils devraient refaire surface de temps à autre sous de nouvelles formes, si ce n'est pas en rapport avec le commerce ou les investissements, se sera peut-être avec les technologies, et pourquoi pas la politique ou encore les devises.

Néanmoins, ce dont nous avons le plus besoin en ce moment pour mettre fin à l'aversion au risque sur les marchés mondiaux c'est d'un apaisement des tensions commerciales. En ce qui concerne les relations entre les États-Unis et la Chine, on ne sait jamais ce que l'avenir nous réserve. Je pense toutefois que les marchés devront finir par s'habituer au fait que les deux plus grandes puissances mondiales soient en désaccord de temps en temps et, qu'en fonction de la bataille, ils devront choisir le vainqueur.

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