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L’ère de l’indiciel caché est derrière nous

L’ère de l’indiciel caché est derrière nous

17-03-2016 | Vision

S’écarter rarement de l’indice tout en facturant les frais d'une gestion active – 5 à 15 % des fonds actifs se rendraient coupables de cette pratique, d'après les données publiées en février par l'Autorité européenne des marchés financiers (ESMA). Après l’alerte donnée par des investisseurs suédois, le régulateur a examiné 260 fonds d’investissement.

  • Peter  Ferket
    Peter
    Ferket
    CIO Equity & Co-head investment products

Points clés

  • 5 à 15 % des fonds actifs s’écartent rarement de l’indice
  • Les coûts des fonds actifs doivent être liés à leur potentiel de génération d’alpha
  • La gamme de produits des gestionnaires de fonds actifs doit être améliorée en permanence

L’ESMA n’a pas publié les noms de ces cajoleurs d’indice ou, pour utiliser leur nom officiel, « closet index funds » ou fonds indiciels cachés et il est peu probable que des mesures soient prises à leur encontre. Ou du moins pas par l’ESMA, car l’Autorité estime qu’il s’agit d’une tâche incombant aux régulateurs nationaux. Peter Ferket, CIO Equities chez Robeco, pense que les éléments révélés par l’étude sont majoritairement les restes d’une époque révolue, des fonds dormants qui ont oublié de s’éveiller face à un monde en mutation rapide.

« L’ESMA n’a pas fourni une liste de noms, mais bon nombre de ces fonds indiciels cachés datent probablement d’il y a 15 à 20 ans, alors qu’il y avait, certainement en Europe, très peu de produits passifs sur le marché. Ces fonds contiennent donc des actifs de clients et il n’y a aucune incitation naturelle de la part des gestionnaires d’actifs à les fermer. Au fond, je pense que ceci constitue essentiellement l’héritage du passé de notre secteur. La liste de l’ESMA ne comportera pas beaucoup de fonds lancés au cours des cinq dernières années. »

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Prix équitables

Nous ne pouvons néanmoins ignorer le fait que les fournisseurs de ces fonds auraient pu réduire leurs coûts dans l’intérêt de leurs clients, suggère Ferket. « Nous pouvons affirmer que ces types de fonds sont beaucoup trop coûteux aujourd'hui. Il faut lier le prix d’un produit actif à celui d’une solution passive. Il y a vingt ans, vous auriez pu payer 40 ou 50 points de base pour un « global index tracker »; aujourd’hui, c’est moins de 20. Ceci signifie que vous ne pouvez plus demander aux clients de payer 70 points de base pour un fonds indiciel caché, comme vous l’auriez fait il y a vingt ans. »

D’après Ferket, c’est une question d’équité des prix. « Les coûts d’un produit passif constituent la base de leur établissement. Ensuite, il doit y avoir un prix raisonnable pour l’alpha que votre fonds est capable de générer selon vous. Et si la solution passive devient moins coûteuse, bien entendu le prix de l’alternative active devrait se modifier en conséquence. »

Les fonds indiciels cachés présentent une tendance naturelle : celle de trop peu s’écarter de l’indice afin de récupérer leurs coûts plus élevés. Cremers et Patajisto (Yale University) sont parvenus à cette conclusion dans leur étude consacrée aux paris actifs (Active Share) (« À quel point votre gestionnaire de fonds est-il actif ? »). Des études récentes par Morningstar confirment leurs résultats : les fonds indiciels cachés affichent les performances les plus faibles de tous les types de fonds d’investissement actifs. Ceci prouve une fois de plus que les coûts élevés de ces fonds sont injustifiables.

S’écarter de l’indice

Pourtant, de nombreux fournisseurs de ces produits semblent avoir ignoré le fait que nous sommes entrés dans le 21ème siècle. Alors que les solutions passives devenaient de moins en moins coûteuses, ils se sont reposés sur leurs lauriers. Par conséquent, aujourd’hui, ils sont beaucoup plus coûteux que les solutions passives, même si leur structure leur permet de générer peu d’alpha ou ne leur permet pas d’en générer. « Nous avons décidé de nous écarter davantage de l’indice il y a des années », explique Ferket. Le fonds Robeco est un bon exemple : il s’agit d’un fonds investi mondialement avec une part active (un pourcentage indiquant le niveau absolu d’écart de l’indice de référence) de plus de 80%.

« Nous sommes confrontés à un choix avec ce fonds : réduire les coûts ou permettre au fonds de s’écarter davantage de l’indice de référence, avec pour résultat un alpha plus élevé que prévu. Nous choisissons cette dernière option », une décision qui, selon Ferket, a été motivée davantage par la philosophie d’investissement que par des intérêts commerciaux.

Subissant actuellement les pressions de la part d’investisseurs et de régulateurs mécontents, les fonds indiciels cachés semblent être en voie d’extinction. La perception des clients quant à leur valeur ajoutée a fondu comme neige au soleil en raison du fait que les index trackers et les ETF ont le vent en poupe. Ils semblent également avoir joué leur rôle dans ce secteur. « Initialement, il y avait des produits de base réellement actifs ; puis des produits passifs sont également apparus. Cependant, nous savons aujourd’hui qu’une combinaison des deux styles (passif pour le bêta et actif pour l’alpha) est plus efficace qu’un fonds à base unique.

« En combinant les ETF avec des fonds qui sont réellement « agnostiques par rapport à l’indice », on peut aisément ajuster son portefeuille pour atteindre le niveau souhaité de part active ou de tracking error. Voilà pourquoi chez Robeco, nous nous focalisons aussi bien sur nos produits quantitatifs (une meilleure solution alternative pour les fonds passifs) que sur les fonds à forte conviction. »

Placer la barre plus haut

D’après Ferket, il est clair que l’engouement accru pour les ETF a créé une gamme de produits différente chez les gestionnaires actifs, où les stratégies actives se rapprochent de plus en plus des hedge funds. Ferket signale également qu’il devient de plus en plus difficile de distinguer les différents styles sur le plan de leur mode opératoire. « Par le passé, on avait des fonds core, des produits passifs et des hedge funds. C'étaient trois mondes différents. Aujourd’hui, vous avez des fonds majoritairement passifs d’un côté de la gamme de produits, des fonds à forte conviction à l’autre bout et des fonds smart beta au milieu. »

Ferket ne perçoit aucun potentiel de croissance significatif pour les ETF smart beta. « C’est un peu comparable à la situation des fonds spéculatifs au début de ce siècle. Les meilleurs gestionnaires commencent par eux et atteignent des performances supérieures, mais ensuite, ils deviennent plus conventionnels, l’offre augmente et les performances moyennes se détériorent, alors que le risque de bouleversements chez les fournisseurs individuels augmente. »

Toutefois, la montée en puissance des indices smart beta place la barre plus haut pour les fonds factoriels actifs. « Les fonds Value ou à faible volatilité ne sont plus comparés à l’indice MSCI World, mais à l’indice MSCI Value ou à l’indice MSCI Min Vol. Ceci signifie qu’il ne suffit plus de s’en sortir en récoltant la prime de facteur Value ou de faible volatilité. »

C’est une nouvelle réalité, au sein de laquelle les gestionnaires de fonds, talonnés par la concurrence du marché passif, sont forcés à innover, réexaminer et à améliorer en permanence leurs produits. C’est un monde au sein duquel le secteur de la gestion d’actifs fait régulièrement peau neuve, comme c’est le cas actuellement avec les fonds indiciels cachés. Et tout le monde en profite.

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